Boomerang, de Tatiana de Rosnay



Dans la famille Rey je vous donne le fils : il cherche le souvenir, l’appelle et le fouille. Dans la même famille je vous donne la fille : indécise et pure elle trouve la pierre pour finalement l’envoyer balader, la jeter. Dans la famille Rey je vous donne la mère : dont le secret va tout chambouler.
Antoine offre à sa sœur Mélanie, pour ses 40 ans, un week-end surprise à l’endroit où ils ont passé toutes leurs vacances d’enfance. C’est un lieu chargé de souvenirs, oubliés depuis longtemps – du moins le pense-t-on -, où ils ne sont plus jamais retournés après la mort de leur mère, disparue trop tôt et soudainement.
Le passé, ils vont le découvrir, va s’inviter à chaque occasion : les repas, les rencontres, la chambre de l’hôtel… et surtout sur la route du retour. Le boomerang , c’est ce curieux objet qui fonctionne comme la mémoire : il part, il revient. Parfois il s’égare. Puis on le retrouve, on le relance… et là il vient se ficher droit sur votre front, un peu trop vite, et toujours brutalement. C’est cela le boomerang, un objet volant pas toujours identifiable à l’œil nu, mais toujours violent. On le lance, et pour peu qu’on s’égare soi-même, on oublie qu’il peut revenir. Le choc sera si violent qu’Antoine devra fouiller le passé de sa famille, et en particulier celui de sa mère, pour se libérer de ses obsessions. Il se livrera à une véritable autopsie des mémoires.
Faire un bond dans le passé projette pousse Antoine à une totale remise en question. Divorcé récemment, père de famille intermittent, il se demande non seulement ce que lui a donné la vie, mais aussi ce qu’elle pourrait bien encore lui réserver. Heureusement, il fait connaissance d’Angèle : une thanatopractrice sexy qui semble porter en elle toute la sagesse nécessaire à son aventure intérieure. Elle représente l’image exactement inverse de celle que l’on s’imagine d’une « embaumeuse ».  Plus encore… Angèle semble détenir à la fois les clés de la vie, et de la mort…
Tatiana de Rosnay nous emmène une nouvelle fois sur les chemins de la mémoire, des secrets de famille. Antoine est un personnage très attachant, qui renaît en accouchant l’histoire et la véritable identité de sa mère. Avec Angèle, l’auteur crée un des personnages féminins les plus charismatiques du roman contemporain. Le contraste entre cet homme perdu et cette femme affirmée donne une saveur particulière à l’histoire qui par là-même échappe à la banalité qui lui était promise. Tatiana de Rosnay aime raconter les histoires, et ça se sent. Car le lecteur prend un plaisir savoureux à les lire. Gageons qu’Antoine et surtout… Angèle, auront le même succès que Sarah(1) !

 

(1) Référence à Elle s’appelait Sarah, du même auteur qui fait actuellement l’objet d’une adaptation cinématographique.



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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.