Stupeur et tremblements – Extraits Fubuki, au Petit Hébertot

Vous vous souvenez certainement du roman d’Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements. Si vous ne l’avez pas lu, vous avez peut-être vu le film qu’en a tiré Alain Corneau en 2002, magistralement interprété par Sylvie Testud.

Je vous en parlais l’année dernière, à l’occasion du festival d’Avignon où elle se trouvait pour les premières représentations de la pièce : Layla Metssitane propose un moment de théâtre exceptionnel, et elle en a assure la mise en scène, l’adaptation, et l’interprétation.

Le roman se situe au Japon, où une jeune française intègre une grande firme. D’abord à un poste honorable – pour une femme, elle finira Dame-pipi. Cette aventure inoubliable et folle – pour nous, occidentaux – à priori, est teintée d’une histoire d’amour particulière : la jeune femme éprouve une fervente admiration pour sa supérieure : Fubuki.

De cette admiration naît toute une réflexion autour des conditions de vie de la femme japonaise, qui doit surmonter l’humiliation masculine au quotidien, et survivre à cette double contrainte : réussir professionnellement, ce qui implique la honte de n’avoir pas fondé de famille, ou bien fonder une famille et s’abandonner à ce à quoi on la destine, une femme qui renonce à l’ascension sociale, ce qui est insupportable.

Layla Metssitane, a choisi d’être seule sur scène, et d’interpréter tous les personnages. Ainsi, les extraits qu’elle a sélectionnés pour nous offrent un nouveau point de vue sur l’oeuvre d’Amélie Nothomb. Ceux qui l’ont lu l’auront peut-être fait différemment. Par ses choix, Layla Metssitane met en relief un monde (celui de l’entreprise) qui pouvait nous paraître étranger à la lecture (c’est un aspect qui peut d’ailleurs être accentué avec les années séparant l’écriture du roman et celle de la pièce), et semble bien plus proche de nous aujourd’hui, dangereusement proche.

Par ailleurs, lorsque l’actrice montre la condition des femmes : mais pas seulement des japonaises. Elle rapproche volontairement celle-ci de celle des femmes musulmanes, en provoquant le regard avec une image très puissante, à travers la mise en abîme qui encadre tout le spectacle. Non seulement Layla Metssitane endosse tous les rôles, mais elle montre qu’en tant que femme, elle est capable d’être toutes les femmes, de toutes origines. Elle offre un contraste magnifique : la femme musulmane portant le niqab observant la femme occidentale admirant la froideur et le stoïcisme japonais.

C’est un point de vue inédit, et en cela il est remarquable : où oser si ce n’est au théâtre ? Et quoi de plus beau qu’une femme qui ose seule ?

Vous avez jusqu’au 22 mai pour aller voir la pièce, au Théâtre du Petit Hébertot : et je vous y engage chaleureusement.

Stupeur et tremblements
D’Amélie Nothomb
Mise en scène, adaptation et interprétation : Layla Metssitane
Du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures
Durée : 1h15

Théâtre du Petit Hébertot
78bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris
Réservations : 01 42 93 13 04
Site web

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Nouvelle représentation le 14 mars 2012 à Herblay en région parisienne, toutes les infos ici

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.