Kosaburo, 1945 de Nicole Roland

Akira et Mitsuko sont frère et soeur. Kosaboru est leur ami. Nous sommes en 1945, au Japon. Akira pressent qu’on fera bientôt appel à lui pour partir à la guerre. Avant que l’inévitable se produise, il part se réfugier dans un monastère. Kosaburo quant à lui se prépare à la guerre en devenant Samouraï. Chaque jour, dans son temple, dormant à même la pierre, il se conditionne pour aller un jour ou l’autre affronter l’ennemi. Chacun le sait : les plus fervents samouraïs intègrent l’élite de l’aviation japonaise, cette partie des guerriers qui ont choisi de mourir pour l’empereur, et qu’on nomme les kamikazes. Mitsuko décide alors de prendre la place de son frère, et de suivre Kosaburo en intégrant l’armée de l’air à sa place. Ainsi, elle espère que sa famille échappera au déshonneur. Bien sûr, elle ne doit pas être démasquée… et devra endosser le costume et l’attitude d’un vrai kamikaze qui se prépare à mourir pour sa nation.

Nicole Roland a choisi, après quelques chapitres, de continuer la narration de cette fiction par la voix de Mitsuko. C’est donc par les yeux d’une femme évoluant dans un monde d’hommes, de guerriers, de fidèles dévoués à leur empereur que nous suivons l’entraînement, puis la perte de jeunes gens probablement identiques à ceux qui ont perdu la vie durant la seconde guerre mondiale. De cette manière, elle offre un point de vue inédit, à la fois impliqué et critique du devoir de kamikaze, quand de nombreux romans se sont contenté de faire planer au dessus de leurs pages l’image en filigrane d’un kamikaze ricanant de méchanceté en piquant sur sa cible. Nicole Roland, elle, avec une écriture très sobre, montre comment sont entraînés ces jeunes gens qui sont eux aussi victimes de la guerre : ils évoluent dans la négation de soi, dans la dévotion absolue à un empereur qu’il faut protéger coûte que coûte, dans l’ignorance des réalités de la guerre et de l’état réel du conflit.

Mitsuko est entraînée par honneur dans une impasse au bout de laquelle se trouve un mur, une cible, son tombeau. Elle voit mourir l’être qu’elle aime, et ne comprend d’ailleurs qu’ils s’aimaient que lorsqu’il explose contre l’ennemi. En tant que femme, en tant que femme qui aime, en tant qu’amie, et en tant que fille, elle comprend combien cette guerre est inutile, mais il est désormais trop tard pour vivre et s’affranchir de l’horreur une fois qu’on l’a vécue de la sorte.

Kosaburo, 1945 est un roman, une fiction. Nicole Roland prévient d’emblée que ces personnages « n’ont pas existé ». Pourtant, on se surprend à croire que l’âme de ces jeunes samouraïs plane encore au dessus des pages, transportant avec eux les exhalaisons d’un lotus rouge et noir.

Kosaburo, 1945, Nicole Roland, Actes Sud, Février 2011, 148 pages, 16 Euros.

Nicole Roland est professeur de lettres en classe de terminale à Namur, en Belgique. Elle a créé un théâtre universitaire et l’a animé durant vingt ans. Kosaburo, 1945 est son premier roman.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.