Désolations, de David Vann

Désolations est le deuxième roman de David Vann, publié chez Gallmeister. Le titre original de l’ouvrage était « Caribou Island ». En effet, Gary embarque son épouse Irène dans son projet : construire une cabane en bois sur une île d’Alaska afin d’y passer l’hiver. Rhoda, leur fille, tente tant bien que mal de construire sa vie telle qu’elle l’imagine avec Jim. Elle court après le mariage et la stabilité tandis que son frère Mark passe son temps à patauger dans les nuages avec sa dulcinée, grâce à des drogues diverses et variées. Des deux, Rodha semble être la seule à s’apercevoir que leurs parents vont tout droit vers le naufrage…

Ce deuxième roman de David Vann a de nombreux points communs avec le premier, Sukkwan Island. Plusieurs obsessions les habitent : d’abord celle de l’Alaska, et l’idée saugrenue, mais peut-être culturelle en ces contrées gelées d’aller se peler au milieu de nulle part dans une cabane faite de bric et de broc. Autre point commun culturel : cette passion pour le saumon et sa conservation, son conditionnement (industriel ou non). Qu’on parle du saumon dans des ouvrages dont l’histoire se situe en Alaska n’a rien d’anormal ; qu’on en parle avec autant de ferveur, de détail, et pourrait-on dire, de gourmandise, c’est assez étonnant.

Dans Sukkwan Island, on assistait à un drame familial causé par un père en perpétuelle fuite, ne sachant pas fuir seul, emmenant ses proches avec lui dans sa perte, incapable d’anticipation, toujours déçu des choses et de lui-même. Le père de Désolations n’est absolument pas différent. Gary et Jim se ressemblent trait pour trait.

Le petit ami de Rhoda, qui s’appelle Jim, s’apparente lui aussi quelque peu au Jim du premier roman, mais sur la question des femmes.

« Un désespoir aussi inébranlable qu’une montagne. » (p. 154)

« Mes romans sont des monstres » dit volontiers David Vann. Reste en tout cas que les personnages de ses romans sont largement perdus, ou dépressifs. C’est un trait de caractère commun à bon nombre d’entre eux, et s’ils ne sont pas dépressifs, alors ils sont dans la fuite. Souvent, les deux à la fois.

Dans Sukkwan Island, le choc vous prenait au milieu du roman, et vous ramassait en miettes pour vous trainer jusqu’à sa fin dans un paysage glacial et perdu. Désolations vous traine aussi, mais dès le début. En ce sens qu’on sait, on sent qu’il va se passer quelque chose, mais ce quelque chose n’arrive qu’à dix pages de la fin, qui n’est pas celle qu’on attendait tant l’ouvrage semble moulé de la même manière que son grand frère. Non, là, David Vann s’offre une variation. Non pas une variation de la vie, mais une énième alternative à cette autre variation que nous avions aimée.

Malheureusement, il faut davantage qu’une variation pour qu’un second roman maintienne en bon état le choc d’un excellentissime premier roman. Reconnaissons-le, il était difficile de surpasser la beauté ténébreuse de Sukkwan Island. Mais il était également vain de vouloir l’égaler en reprenant les ingrédients de la recette.

Désolations reste un ouvrage agréable à lire malgré une écriture moins recherchée, mais sans doute à consommer sans en attendre les frissons d’antan.

Désolations, David Vann, Gallmeister, 25 août 2011, 297 pages, 23 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.