Une femme seule, de Dario Fo et Franca Rame

Photo : Gabriella Merloni par Stefano Borghi

Nous sommes dans les années 70 à Milan. Maria, enfermée chez elle, passe ses journées entre lessive et ménage lorsqu’un jour elle aperçoit sa voisine d’en face par la fenêtre. Elle entreprend alors de lui raconter sa vie, et ces hommes qui la tourmentent : un mari qui la séquestre, un « cochon-téléphonique », un voyeur, et un beau-frère peloteur.

Une femme seule, c’est l’histoire d’une femme non seulement séquestrée par un homme mais aussi empêchée dans un monde d’hommes. Jusqu’au référendum de 1969, en Italie, les femmes ne pouvaient ni avorter ni divorcer. Maîtresse de la demeure, du foyer, la femme et son ventre appartiennent encore jusque là à l’époux, le « pater familias », qui seul décide de leur sort.

Gabriella Merloni incarne ici cette femme se confiant à sa voisine à travers la fenêtre, dans cette ambiance méditerranéenne où chacun voit et entend ce qui se passe en face.

Elle ouvre le volet, et s’ouvre au monde, qui l’écoutera peut-être. Le contexte de cette pièce en fait la « maîtresse parole », un symbole, une voix qui, perchée dans son nid, soudain se jette et s’envole pour crier au monde que la femme se libère de ce qui l’accapare et l’emprisonne.

Par moments, la pièce entière devient noire derrière elle, et l’on pourrait presque voir dans le rouge de cet encadrement par lequel elle passe la tête, l’origine du monde qui s’ouvre aux femmes dans un cri libérateur.

Gabriella Merloni, du haut de ses 26 ans, incarne brillamment la mère, l’épouse, l’amoureuse, la femme rêveuse, la femme tempête et finalement toutes ces femmes, prises dans la lutte sociale jouant leur liberté.

On ne sait si toutes les femmes, du passé, du présent, ou même du futur, prêtent tour à tour leurs visages à l’actrice, ou si c’est elle, qui leur fait généreusement dont de son corps pour les incarner toutes. Mais l’on ressort avec cette terrible impression qu’elle possède mille visages, une manière de nous dire : « voilà ! voilà ce que peut être une femme. Une femme seule ! Toutes les femmes ! « 

Une femme seule
Mise en scène : Pierangelo Summa

Gabriella Merloni se produit tous les lundi soir à 21h30 jusqu’au 22/12/2011.
Théâtre des Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs
75001 PARIS
Tel : 0892 70 12 28 (0,34e/min)
Metro : Châtelet
Tarif : 22 euros
Crédit photo : Stefano Borghi

 

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.