Entretien avec Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki (I)

2011. Un jour pas comme les autres, à Paris, je suis invitée chez Katerina Fotinaki. Je dois la rencontrer avec Angélique Ionatos, afin de réaliser un entretien. C’est le stress absolu : sur scène, j’ai vu Angélique plusieurs fois.
Quatre ou cinq. Je l’ai vue ensuite en compagnie de Katerina. A chaque fois, je suis tombée sous le charme. Rares sont les concerts comme les leurs. Qui plus est, rares sont les concerts où deux femmes domptent à ce point les guitares sur des rythmes endiablés, incandescants. Et puis il y a cette aura qu’elles dégagent. On croirait deux déesses ressuscitées de l’antiquité, venues envoûter, enchanter leur public, pour l’amour de la musique, l’amour de la poésie, l’amour du partage.
Katerina m’invite donc dans son studio et je lui avoue tout de suite que je suis stressée. Et que je n’ai pu m’empêcher d’arriver un quart d’heure en retard. Je précise alors « le quart d’heure français ». Elle me répond : « Angélique aura sa demi-heure grecque ». Par ces quelques mots, elle détend tout de suite l’atmosphère. Je suis surprise d’ailleurs, car elle porte le même type de vêtements que sur scène. Plus tard, après la rencontre, elle sortira habillée de la même manière. Et juste avant l’entretien, c’est une Angélique Ionatos vêtue de noir et rouge, aussi élégante que sur scène qui arrive et m’accueille, paradoxe charmant.

Après un café grec, cela va de soi, l’entretien peut commencer.

SJ : Comment avez-vous eu l’idée de cette collaboration ?

Angélique : Je la trouvais assez jolie comme fille.. (rires) Non. Comment on a eu l’idée ?

Katerina : On n’a pas vraiment eu l’idée de faire cette collaboration. Ca a commencé avec une reprise d’un ancien spectacle avec Angélique,qui était Sappho de Mytilène. Cette reprise était demandée par le Palais des BeauxArts.

Angélique : Oui. C’était une demande de reprise des poèmes de Sappho, que j’avais mis en musique en 1990, disque que j’avais fait avec une autre chanteuse grecque, Nena Venetsanou. Lorsqu’ils m’ont demandé après des années de reprendre ce spectacle, qui est quand même assez lourd (4 musiciens, 1 deuxième chanteuse), nous avions un peu perdu le contact avec Nena, et je savais qu’elle était occupée.. et comme à ce moment-là
je connaissais Katerina, je lui ai proposé de reprendre ce spectacle avec moi. C’est comme ça qu’on a commencé, en le jouant quelques fois à Kléber Méleau en Suisse, et après on l’a repris évidemment au Palais des Beaux Arts à Bruxelles, et puis un peu ailleurs, lors de festivals…

Katerina : On a fait environ une quinzaine de représentations.

Angélique : Après ça, on appris à se connaître dans le travail. Et l’idée d’un duo est née un peu naturellement, comme ça. On a travaillé et Comme un jardin la nuit est né. C’était aussi bien, puisque Katerina avait envie de rester ici, de continuer ses études, de quitter la Grèce. C’était une bonne occasion pour elle.

Katerina : Il y a également quelques concerts imprévus et improvisés qui ont « aidé » à cela.

SJ : Vous avez-vous de suite senti une complicité ensemble sur scène ?

Angélique : Oui bien sûr, sinon ça n’aurait pas continué.

SJ : Katerina vous vouliez quitter la Grèce et pourtant, vous chantez la Grèce, et les poètes Grecs…

Katerina : Je n’ai pas voulu quitter la Grèce.. jedevais quitter la Grèce, ce n’était presque pas un choix. Parce que déjà avant la crise, c’était très difficile de vivre làbas, avec cette profession sans faire de concessions. J’étais obligée de faire trois boulots en même temps, etc.. c’est très triste ce qui se passe en Grèce. Je trouve vraiment que c’est un miracle qu’on ait encore de la musique, et des musiciens qui font des carrières ailleurs et en Grèce, car de toute façon, déjà, l’éducation musicale est très chère, ce n’est pas comme en France. En Grèce, on doit payer 2000 euros par an juste pour faire un conservatoire, et il n’y a pas beaucoup de boulot, il n’y a pas beaucoup de monde qui est abonné au Théâtre, il n’y a pas de bénévoles non plus. Ca, c’est une chose que j’ai vu pour la première fois en France. Je devais quitter ce pays. Heureusement, j’ai trouvé Angélique, qui m’a aidé à venir ici, car on ne se connaissait pas avant. Mais.. je ne voulais pas le faire. C’est-à-dire que si je pouvais rester en Grèce et faire ce que je fais, je le ferais. Ce n’était pas du tout un besoin d’aller ailleurs, de voir d’autres pays, je n’avais pas du tout cette envie. Et en plus, je ne parlais pas le français, ce n’était pas très facile.

(Nota : Katerina parle très bien le français, au bout de 5 ans, c’est remarquable.)

La suite de l’entretien la semaine prochaine : Angélique et Katerina nous parleront de poésie.

Vous pouvez également consulter dès maintenant le reste de l’entretien à cette adresse.

En attendant, un petit extrait de leur spectacle ici :

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.