La littérature prend le maquis, de Jean-Pierre Otte

Présentation de l’éditeur : Devant le peu d’exigence du public et l’intronisation de la médiocrité dans l’arène médiatique, la littérature n’a que la ressource de l’esquive ; elle prend le maquis pour se sauvegarder elle-même, vivre à sa guise, continuer de développer dans ses ouvrages des perspectives de plaisir et d’élargissement dans la présence à soi-même et au monde. Jean-Pierre Otte dénonce les méfaits de la culture par tous, l’exception culturelle et autres petites infamies en art et en littérature, le parasitisme et l’onanisme oculaire. En même temps il s’efforce de comprendre l’avilissement et la platitude comme une étape nécessaire dans un processus de renouvellement. C’est dans l’ombre, en coulisse, en marge, que s’invente une culture nouvelle, libre, forte et fertile dont nous avons la plus grande nécessité dans le temps de la rupture et du passage.

J’ai bien failli ne finalement pas présenter ce livre, ne pas en parler, le taire, et surtout, ne pas aller au delà de la première partie, tant elle était sévère, sectaire et méchante. Mais si le discours tend vers l’intolérance, c’est pour mieux revenir ensuite sur l’intérêt de son contraire. A l’heure où les stars de cinéma, les joueurs de football, les chanteurs, et les femmes de ménage écrivent leur histoire, où l’on l’achète et la lit en grande quantité au détriment de la littérature dite érudite, intellectuelle et recherchée, il faut bien reconnaître que nous sommes à un point sacré de rupture et de passage. Comme le dit Jean-Pierre Otte : « Dans sa politique, la culture par tous a bénéficié de l’apport réellement étonnant des techniques nouvelles, notamment d’un étalage allant de l’appareil photo au caméscope numérique, si bien qu’il suffit d’acquérir le matériel, d’en actionner la commande, de produire le déclic, pour que l’on obtienne de toute maniètre quelque chose : tout le monde est capable d’une image. » Le théâtre et la littérature n’échappent pas à cette règle. Il va plus loin « Un résultat qui pourrait même sembler artistique quant il joue avec les effets et les hasards, et qu’un discours intellectuel vient l’expliquer, l’enrichir et le porter à des hauteurs considérables ». C’est ce que j’appelle intellectualiser la choucroute.
J’ai bien failli donc, ne pas terminer cet ouvrage, méchant, mais tellement vrai, vous le voyez. Quand je disais que le théâtre n’échappe pas à cette règle, de décors minimalistes et décodés, se voulant décalés et torturés lorsqu’ils ne sont que le symbole d’une rupture avec ce qu’il est trop compliquer de poursuivre, c’est à dire, le symbole d’une flemme fâcheuse et terriblement à la mode car, se suffisant dans sa différence pour être appelée « art » : « l’on a vu jouer Andromaque dans le décor d’un vestiaire sportif avec douches à senestre et chiottes à dextre ; Hamlet dans une casse de voitures, avec ça et là des matelas d’une étonnante qualité élastique pour assurer le rebondissement de l’action en même temps que celui des comédiens » (p.98). On ne peut pas faire du théâtre dans la pause, avec seulement un infirme, une échelle et deux jarres, comme Beckett, sans avoir le texte, ou prendre le texte et l’habiller de rien. L’art n’est pas seulement le fruit du hasard.
Il faut au contraire savoir étudier le passé, s’en nourrir, le réfuter oui, puis en ressortir grandi, et donner naissance à un art nouveau. Nous sommes à la charnière et de grandes choses vont se passer, mais ne se passent pas encore. Etudions donc : « L’entreprise est de récapituler les épisodes précédents pour émerger dans le présent et prendre pleine mesure, prendre même une démesure, connaître l’ivresse et le vertige, quand la créativité n’est d’abord que le désir de redonner une vie nouvelle aux échos de l’origine. Etre universel, a-t-on dit, c’est être unique et verser en même temps dans tous les sens. « 
La littérature prend le maquis, Jean-Pierre Otte, Editions Sens & Tonka, Mars 2005, collection Calepin 10/Vingt, malheureusement plus édité.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.