Salon du livre : Non merci.

L’année dernière, de nombreux blogueurs littéraires ont pu constater que les accréditations ne leur étaient plus attribuées. Un blogueur, ce n’est pas sérieux. Même si, avec toute la passion, et toute la volonté du monde, il défend de nombreux livres. Même si, grâce à son travail, – car il s’agit bien de travail dès lors que ça demande de l’énergie, du temps, de l’argent parfois -, il peut être qualifié de « blogueur influent » puisque des dizaines, voire des centaines de personnes vont acheter les livres qu’il conseille sur son blog/site. C’est incontestable : quelle que soit la manière, un blog littéraire fait marcher l’industrie du livre, qu’il favorise les grands distributeurs, ou s’attache plutôt, comme c’est le cas sur Paris-ci la Culture, à attirer l’attention sur les petits libraires indépendants. Non décidément, un blogueur n’est pas sérieux. Un blog ce n’est rien. Ca n’a pas valeur de conseil, aucun poids culturel, aucune valeur.. littéraire.

Soyons fair-play et pragmatique, objectif et non rancunier : à chacun ses choix, et si le Salon du Livre décide de ne pas utiliser ce média (les blogs) c’est respectable. C’est un salon privé, et chacun investit là où il veut.

Cette année, on passe à l’étape au dessus : les auteurs qui n’ont pas d’actualité littéraire, ou qui sont chez un éditeur qui n’a pu se payer (très cher) un emplacement de vente d’exposition, se verront également refuser l’accréditation. Bien entendu, ils pourront se tourner vers les quelques invitations qui circulent… ou payer 9,50 euros leur entrée. Ironie du sort : ces auteurs ont parfois des livres en vente sur les stands, puisque certains d’entre eux sont chez plusieurs éditeurs. Donc on vend leurs livres, on fait des bénéfices sur leur travail acharné/passionné/de_longue_haleine mais leur entrée, ils se la coltinent.

La raison ?

Bertrand Morrisset, le commissaire du Salon : « les auteurs adhérents de sociétés comme la SGDL (Société des Gens de Lettres) ou la SCAM (Société Civile des Auteurs Mutimédia), avec lesquelles nous avons des accords particuliers pourront se rendre, à titre de professionnels, gratuitement au Salon, avec leur accréditation de professionnels. D’autre part, si une lettre motivée de l’éditeur nous est présentée par un auteur, et qu’elle justifie de la présence de l’auteur en qualité de professionnel, nous n’avons aucune raison de la refuser. Simplement, il nous faut absolument préserver notre salon des gangs de malfrats qui sévissent, mais plus encore contre les lettres falsifiées qui nous parviennent, et permettent d’enrichir un marché noir. »

Tout est dit. :/

Une amie blogueuse disait très justement cette semaine : « c’est comme si on nous demandait de payer pour entrer à la FNAC ». Je suis assez d’accord.

Dès lors, comment ne pas s’offusquer en regardant la page facebook du Salon du livre ? On y voit des horreurs, on peut y lire en filigrane les accointances de ce super marché du livre avec les grands de ce monde ! Pour exemple quelques publications de la page (publique, donc je prends aisément le droit de reproduire, et qu’ils viennent me chercher s’ils ne sont pas contents : je m’en fiche) :

Bouygues, SNCF… WTF(1) ? C’est la Culture ça ? C’est la littérature ? Voici donc les nouveaux représentants du livre ?

Et par dessus le marché, la perle des perles, alors que le pouvoir d’achat des ménages diminue, qu’on détrousse les petites gens à la moindre occasion de partir un week-end à l’improviste, Môsieur Salon du Livre peut se permettre d’offrir 50% de réduction sur les billets de train à ceux qui viennent lui cirer la patte ?

Par contre les auteurs, rien ? Nada ? Dire qu’un auteur n’est pas éligible aux accréditations, c’est inadmissible. Et le mettre dans le panier des « malfrats », des « gangs » si tant est que ces choses existent, c’est pire que tout.

Paris-ci la Culture n’ira pas au salon du livre. Les provinciaux qui pourront bénéficier de cette fameuse remise SNCF pour aller profiter de la culture, et j’entends par là, rencontrer enfin leurs auteurs préférés, leur dire quelques mots, je leur souhaite de passer un bon séjour, et les encourage d’ailleurs. Car c’est malgré tout un moment privilégié pour celui qui n’a plus de librairie dans sa ville, qui doit faire des kilomètres en voiture parfois pour en trouver une. Le Salon du livre reste un moment de rêve pour beaucoup : les livres sont là à profusion, leurs auteurs sont là aussi, et on peut rencontrer parfois certains petits éditeurs qui ont économisé beaucoup beaucoup pour être présents eux aussi et participer à cette sorte de fête où des milliers de personnes sont réunies autour du livre, cet objet qui nous fait voyager, rêver, évoluer, songer, aimer.

Mais pour PILC cette année ce sera non. Car après tout, puisque ce site s’est vu refuser son accréditation, il ira faire et partager sa culture ailleurs.

Bon salon à tous.

 

(1) WTF : What the fuck ?

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.