Nos vies désaccordées, de Gaelle Josse

François Vallier, grand pianiste qu’on ne présente plus, reçoit un jour le message d’un admirateur qui a eu connaissance de son oeuvre par l’inermédiaire d’une patiente de l’hopital psychiatrique dans lequel il travaille. François n’a aucun doute sur le fait que cette patiente est son ex-compagne, disparue mystérieusement de sa vie quelques années plus tôt alors qu’il l’avait lui-même abandonnée pour ses nombreux concerts à travers le monde.

Cette fois, c’est la musique qu’il choisit de mettre entre parenthèses pour aller retrouver et tenter de revoir celle qui n’est autre que la femme de sa vie.

Voici donc le point de départ de cet étrange petit roman qui a ainsi le don de vous saisir dès les premières pages.

Gäelle Josse y explore le sentiment amoureux à travers les yeux d’un homme forcé de se tourner vers ses remords, son passé, ses erreurs et ses manquements.

Que peut-on abandonner par peur de l’amour ? A quoi peut-on renoncer pour lui ? Est-il possible à ce point de louper l’amour et ses harmonies même lorsque l’on est fait l’un pour l’autre ? A quel point le couple peut-il être perméable ?

Après « Les Heures souterraines », Gaëlle Josse prouve que le talent peut se conjuguer sur plusieurs mouvements. Elle offre un récit tout en pudeur, mis en relief par les parts d’ombre et de lumière qui tissent une histoire d’amour émouvante et singulière.

Elle ne verse ni dans le conte de fées ni dans le pathétique passionnel : son roman se situe sur  ce fil ténu de la juste note, dont on doit se garder d’attendre trop d’espoir, ou trop de langueur, mais juste assez d’émotion et de beauté.

Nos vies désaccordées est un délicieux allegretto où l’amour se joue des présences. Jusqu’à la fin, on ne sait si François et Sophie seront à nouveau réunis, ou si tout espoir est à jamais perdu.

Le roman porte en lui de ces silences qui tiennent le lecteur en haleine,  et préservent cette part de secret qui rend ses personnages intouchables, alors qu’ils sont par ailleurs aussi attachants les uns que les autres.

En quelques pages seulement, elle parvient à donner vie à des caractères qui, chacun, portent en eux une histoire et un sens de la vie.

Ce second roman de Gaëlle Josse est sans contexte un très bel hymne à l’amour. Magnifique.

Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse, Editions Autrement, 2012.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.