De rouille et d’os, de Jacques Audiard

SYNOPSIS : Ali est obligé de reprendre la garde de son fils Sam, dans le nord, puisque son ex a été emprisonnée. Direction Antibes chez sa soeur. Là, il fera la connaissance de Stéphanie, qui plus tard subira un accident lors d’une représentation avec ses Orques, au Marinland. Il va alors l’aider à revivre…

 Pour son dernier film, sélection officielle du Festival de Cannes 2012, Jacques Audiard a choisi de s’inspirer de deux nouvelles de Craig Davidson, Un goût de rouille et d’os, et De chair et d’os, qui sont rééditées ce mois-ci par Albin-Michel dans un recueil. Les narrateurs de Craig Davidson sont souvent boxeurs, car il pratique lui-même ce sport avec passion.

 Jacques Audiard a choisi d’adapter très librement les nouvelles en faisant un film qui s’écarte un tant soit peu de l’histoire originale, puisque nous retrouvons un boxeur qui a un fils, alors que la nouvelle Un goût de rouille et d’os présentait un boxeur et son neveu. Par ailleurs, Ali va rencontrer Stéphanie, une jeune dresseuse d’Orques qui verra sa vie transformée par un terrible accident de travail.

Stéphanie est incarnée par Marion Cotillard, et Ali par Matthias Schoenaerts. Ce sont deux fortes têtes qui mènent leur vie au gré de leurs envies, avec un certain mépris des conventions. Ils se rencontrent avant l’accident de Stéphanie, dans une boîte de nuit où Ali est videur. Mais c’est après l’accident que leur relation va s’affirmer et prendre forme.

 « Je te parle de délicatesse. Tu sais très bien ce que c’est, t’as pas arrêté d’en avoir avec moi. »

 Filmer Marion Cotillard privée de jambes, c’était d’abord culotté. La jeune actrice vole de succès en succès et le jour où elle tourne pour Audiard, elle apparaît amputée, purement et simplement. Mais bizarrement, le réalisateur ne fait pas du handicap le sujet principal du film. Bien au contraire, il semble vouloir que les personnages se surpassent, et dépassent toutes les difficultés possibles. Sur ce qu’il y a de pire, il ne s’attarde pas. Les relations humaines en revanche crèvent littéralement l’écran : gagner misérablement sa vie de victime du capitalisme avec la pose de caméras en grandes surfaces, ce qui précisément augmente le nombre de victimes du capitalisme… être elle et vouloir attirer les regards, être amputée et accepter peu à peu les regards… et surtout, comprendre que pour apprivoiser réellement quelqu’un, il faut le laisser libre et lui faire confiance.

 Nous avons là une femme qui perd une partie d’elle à avoir séquestré des mammifères marins, mais qui gagne en assurance au contact d’un homme qui ne demande qu’à être apprivoisé, et étrangement, c’est ce même homme qui semble lui montrer le chemin, dans sa maladresse de mâle primitif et tendre, lui qui ne sait que frapper jusqu’à se briser les phalanges « pour le fric et le fun ».

 Le film d’Audiard est comme ses personnages : il ne s’appesantit pas ni ne s’attarde sur les malheurs et uns et des autres. Il va de l’avant. Ce qu’on retient de Stéphanie, c’est son courage et sa force. Ce qu’on retient d’Ali, c’est cette fragilité salvatrice dont on ne se doutait qu’à peine.

 Les deux acteurs sont très très impressionnants. Marion Cotillard n’a pas un rôle facile, et elle échappe à l’écueil du sur-jeu. Matthieu Shoenaerts est parfait dans le rôle de la bête tendre. Sans oublier Corinne Masiero, que l’on ne voit pas assez à l’écran, formidable dans ce film.

 C’est cru, sans faux-semblants, complètement brut et remarquablement juste et prenant. Un Audiard qui mérite sa sélection au Festival de Cannes, et bien plus encore…

 

Réalisé par : Jacques Audiard

Avec : Matthieu Schoenaerts, Marion Cotillard, Armand Verdure, Céline Sallette, Corinne Masiéro, Bouli Lanners…

Production : Why not productions (entre autres)

Distribution : UGC Distribution

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.