A nous deux, Paris !, de J.P. Nishi

A nous deux, Paris ! c’est le récit d’un Japonais venu dans la capitale pour y apprendre les techniques de la bande dessinée francophone. Il s’installe dans une petite mansarde et utilise les réseaux des étudiants japonais pour se procurer quelques ustensiles de cuisine d’occasion.

Nombreux sont les Japonais présents dans la capitale, et peu à peu, ceux qui y habitent depuis plus longtemps lui apprennent les rudiments et coutumes de la ville, ainsi que la langue française, qu’il ne maîtrise pas.

Pour tout parisien dans l’âme, ce manga sera davantage qu’un miroir : il sera le révélateur de ce que nous avons oublié et ne voyons plus. J.P. Nishi a visiblement goûté à « l’hospitalité parisienne » sans lui en tenir rigueur, et c’est à se tordre de rire !

Parmi les beaux passages de ce livre plein d’humour, il y a celui où l’auteur réalise qu’il ne sait pas différencier un Japonais d’un Coréen, ou d’un Chinois. Il se plonge alors dans une étude des « faciès » asiatiques. (!) Ou encore lorsqu’il souligne que les Japonais ne se dessinent jamais les yeux bridés dans leurs mangas, traits que les Français se plaisent au contraire à souligner. Par ailleurs, il estime que les Français, et les Italiens ont les traits plutôt fins, par rapport aux asiatiques, et qu’on ne trouve pas de « vrais moches » en occident, comme au Moyen-Orient. (!) Il y a également l’étonnement face à la bise, aux décolletés (voir ci-contre), à la coiffure rasta (qu’il a pris soin d’essayer…), au métro…

On apprend qu’il n’existe pas de sauce soja « sucrée », que c’est une   invention de l’occident, et que la sauce que nous recherchons est la

sauce destinées aux brochettes de poulet. Il est d’ailleurs inconcevable pour un Japonais de manger ses sashimis avec de la sauce sucrée.

Le livre est divisé en cinq chapitres composés de plusieurs petites anecdotes jalonnant le parcours de l’auteur de son arrivée à Paris jusqu’à son

départ, puis d’un épilogue racontant son émouvant retour dans la ville. Malgré ses mésaventures, l’auteur explique qu’il aime la ville, telle qu’elle est, c’est-à-dire à la fois belle et sale.

Un point de vue très intéressant sur l’une des villes les plus visitées au monde, une ville cosmopolite et foisonnante, composée de toutes les identités, toutes les cultures : c’est le point de vue d’un homme venu de l’un des pays les plus

pudiques pour vivre et se mesurer à l’effervescence et la lumière d’une ville que nous avons, nous parisiens, cessé de voir.

Il fallut donc le coup de crayon d’un Japonais génial, curieux et généreux pour nous rouvrir les yeux.

A nous deux, Paris ! J.P. Nishi, Editions Picquier, Mai 2012, 192 pages, 14€90. Traduit du japonais par Corinne Quentin.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.