Coupables, de Ferdinand von Schirach

Ferdinand von Schirach est avocat de la défense au barreau de Berlin. C’est sans nul doute en cette qualité qu’il publie pour la seconde fois un recueil de nouvelles où il est question de crimes, d’affaires criminelles, de jugements, et surtout des motivations qui poussent parfois un humain à agir envers et contre la loi et la morale.

Un jeune garçon est pris à parti par ses camarades d’internat. Ceux-ci ont décidé de l’exorciser au cours d’un rite macabre. C’est la maîtresse d’école qui patira de ces comportements plutôt sataniques. Plus loin, une femme éprouve un irrépressible besoin de voler, pour se sentir exister. Une toute jeune fille subira un viol collectif lors d’une fête communale : aucun de ses agresseurs ne sera puni, faute de preuves. Une autre petite échappera à la prison pour avoir nié sa grossesse, suite au viol de son voisin en l’absence de ses parents alcooliques et désespérants.

Ferdinand Von Schirach n’offre aucune issue de secours à son lecteur : ses histoires inspirent tantôt le dégoût, tantôt la fascination, l’exaspération, le fatalisme aussi… face à une justice dont les rouages sont parfois obscures, d’aucune aide aux plus faibles, et chaque chute tombe comme le marteau lourd du juge.

L’auteur est parfois capable d’inventer (?) des histoires telles que « La clé », nouvelle où celui qui croyait gagner se fait attraper, où tout peut être sauvé quand on pensait toutes les causes perdues. Une nouvelle pleine d’humour et de rebondissements, parfois à deux doigts de la comédie de geste.

Touchants, troublants, navrants, odieux, monstrueux : les personnages de Ferdinand von Schirach sont en tout cas probablement réalistes, même s’il s’agit de fiction. Les situations présentées sont de brillantes reconstitutions littéraires d’une partie de ce que doit rencontrer l’auteur dans son métier. On ne sait à quel point il s’inspire de son expérience, le code lui interdisant sans doute de rapporter les affaires. Ce qu’on sait en revanche, c’est que la mécanique humaine est là, fâcheuse, romanesque et pourtant terriblement authentique.

Un ouvrage qui fascine par son intelligence, terrifie par sa clairvoyance, et surtout, qui laisse entrevoir la possibilité du geste commis. Un criminel se cache peut-être en chacun de nous.

Coupables, Ferdinand von Schirach, Gallimard, 192 pages, 17,90 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.