La Petite Borde, Emmanuelle Guattari

Une enfance française

 

La Petite Borde est le premier roman d’Emmanuelle Guattari. L’auteur a grandi dans les années soixante dans l’enceinte de La Borde, célèbre  établissement de psychiatrie que son père a co-dirigé pendant de nombreuses années, et qui appliquait une philosophie de vie collective, pour que les patients prennent part à ce qui les entoure plutôt que d’être maintenus enfermés tant dans l’espace que dans leur esprit.

« A La Borde, il y avait des Fous qu’on appelait des Pensionnaires. J’ai toujours trouvé le mot élégant. C’était un mot long. Et, c’était mystérieux, chez
Monsieur Seguin aussi il y avait une pensionnaire. »

On pourrait donc dire que c’est au contact des malades mentaux que l’auteur a passé ses premières années. Pourtant, tout ceci est plutôt un prétexte car ce n’est pas vraiment ce que raconte le livre ! Il s’agit d’un récit par petites touches de souvenirs d’enfance, une enfance qui aurait pu être vécue par n’importe quel enfant qui évolue au milieu de sa famille, dans le charme de la campagne, avec tous ces petits détails qui font les grands souvenirs de cette période qu’on garde tous plus ou moins précieusement dans la tête et dans le coeur. En fin de compte, il s’agit tout simplement « d’une enfance française ».

« Ma mère avait gardé de l’Occupation un souvenir tenace. »

Emmanuelle Guattari, avec un style concis et évocateur, a créé un petit objet qui, un peu à la manière d’Enfance de Nathalie Sarraute, fait revivre des anecdotes bien choisies, organisées par tout petits chapitres touchants, mélancoliques ou franchement amusants. Elle réussit à faire affleurer nos propres souvenirs et nous replonger dans ce temps magique de l’insouciance, des chamailler ies et des émerveillements.

« Mon père attend la fin du repas. Il retire ses lunettes et en froissant ses yeux avec ses doigts, il dit : – Tu ne manges pas tes os de poulet ? Une fois, un copain qu’on avait invité l’a tellement cru qu’il a commencé à mâcher sa peau de banane. »

Quand on sort de la lecture de La Petite Borde, on n’a qu’une envie : se mettre à son bureau, un papier devant le nez, un stylo à la main, les yeux au plafond et le cerveau qui plonge dans les volutes de nos souvenirs qui sentent bon le sable, la terre, le soleil et la douceur de l’innocence.

La petite Borde, Emmanuelle Guattari,  Mercure de France, Août 2012.

Emmanuelle Guattari est l’invitée de La grande librairie, sur France 5, le Jeudi 27 septembre 2012.

 

Un article signé Lamalie.

 

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