L’Assassin à la pomme verte, Christophe Carlier

Un corps, trois meurtres

Cela faisait longtemps qu’on n’avait lu un roman dont l’intrigue se situe dans un hôtel, et tourne en huis- clos. Pour son premier roman, Christophe Carlier a choisi cette formule, agrémentée de plusieurs voix. On voit ainsi évoluer une poignée de personnages à travers le regard des autres : Elena, une commerciale italienne travaillant dans la mode, Craig, un anglais, également à Paris pour son travail, et Sébastien, le barman de l’hôtel. Ils vont rencontrer un italien se vantant de posséder trois femmes qui s’ignorent mutuellement. L’odieux est retrouvé peu de temps après, mystérieusement assassiné… trois fois.

« Tous les hommes sont des assassins, même si bien peu trouvent le temps et l’occasion de commettre le meurtre qu’ils portent en eux. » p. 85

Bien sûr, on cherche le coupable, le mobile : quelle pourrait être la raison de l’assassinat de cet homme de passage à qui rien n’a été dérobé ? Chacun y va de son hypothèse. Certains se réjouissent, il était odieux. D’autres s’accusent de la pensée. Au bout du compte, la fascination l’emporte en tout cas sur l’étonnement, et les petites affaires amoureuses ou existentielles de tous reprennent bon train, dans un huis-clos irrésistible.

« Que les ors et les stucs de l’hôtel aient pu héberger pour un soir cet être dissimulé en qui le calcul l’emporte sur la rage est la seule chose, dans cette affaire, que je parvienne à juger effrayante. » p. 108

Il fallait, pour que le récit soit parfait, que Christophe Carlier ajoute quelque romantisme au doute qui habite déjà le coeur de ses personnages. Ainsi, Elena et Craig se rapprochent-ils grâce à cette affaire : à moins que ce ne soit leur rapprochement qui ait été à l’origine du crime… le meurtre peut être un « petit dommage » dont toutes les femmes valent le sacrifice.

« Ce soir, Aphrodite dîne chez les humains. » p. 110

Le premier roman de Christophe Carlier est d’une limpidité dévorante, superbement construit. Le récit rapporté par les personnages permet au lecteur de les ressentir avec force : Elena bien sûr, dont le destin bascule en même temps qu’une partie de sa ténacité, Craig, personnage ambigu qui paraît sûr de lui, mais n’a pas réellement conscience de ses faiblesses, puis surtout Sébastien, ange noir à la main heureuse dont le regard effleure chaque geste, chaque visage. Ce qui aurait pu être une pale imitation de la Chambre jaune devient ici un petit bijou aux faisceaux multiples. Rien n’est oublié, pas même une fin totalement imprévisible et délicieuse, qui donne envie de poursuivre l’aventure plus loin encore…

L’Assassin à la pomme verte, Editions Serge Safran, Août 2012, 178 pages, 15 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.