La Mouette / Oncle Vania – texte : Anton Tchekhov – mise en scène : Christian Benedetti

Créés au Théâtre-Studio d’Alfortville (94) par Christian Benedetti et repris à l’Athénée jusqu’au 13 octobre, ces deux mises en scène de Tchekhov valent plus que le détour.

Ce n’est pas la moitié d’un projet auquel s’est attelé Christian Benedetti, créateur du Théâtre-Studio, en décidant d’adapter l’intégralité de l’œuvre théâtrale de Tchékhov. Et c’est par deux des plus célèbres textes du dramaturge russe qu’il a décidé de commencer.

La Mouette est un texte très puissant, à la réflexion poussée sur « les formes nouvelles » à donner au théâtre. Du metteur en scène débutant à l’auteur confirmé en passant par l’actrice au succès passé, tous les visages du théâtre sont représentés. Dans cette mise en abyme, Christian Benedetti trouve la parfaite illustration à toute sa réflexion autour de l’esthétique théâtrale. Souhaitant mettre en perspective une nouvelle façon de regarder et de voir, il bouleverse les codes du théâtre et de la mise en scène, tout en restant au plus près du texte original, soumettant une parfaite interprétation.

Il se permet tout. De laisser la salle éclairée, le rideau levé pendant les changements de décors – que les acteurs effectuent eux-mêmes – les personnages habillés comme aujourd’hui. La Mouette est un texte éminemment moderne, le théâtre aujourd’hui n’est-il pas dans une constante recherche de ces « formes nouvelles » ?

La place du spectateur est également remise en question. Pourquoi nous laisser dans la lumière ? Christian Benedetti veut « déplacer le spectateur de sa fonction, l’obliger à changer de point de vue, à regarder à côté ». Il le force en tout cas à redoubler d’attention. Que ce soit pour La Mouette ou Oncle Vania, les acteurs ont un débit de paroles extrêmement rapide. On est d’abord dérouté, mais une fois passées les premières minutes et aidé par une diction absolument parfaite, on plonge dans le cœur du texte.

Vous l’aurez compris, La Mouette a eu ma préférence, mais ne sous-estimons pas la portée du texte d’Oncle Vania, qui, même s’il traite de sujets déjà vus comme la famille et ses conflits ou l’amour contrarié, le fait avec beaucoup de justesse. On ne pourra s’empêcher de noter un soupçon de mélodrame en trop, qui vient parfois perturber le déroulement de l’action. Les acteurs sont tous très justes, et endossent les rôles une pièce après l’autre, faisant oublier leur première performance, qui vous avait pourtant déjà conquis, au profit de la seconde, tout aussi convaincante.

 Théâtre de l’Athénée – octobre 2012

27 septembre > 13 octobre 2012

avec : Christian Benedetti, Brigitte Barilley, Christophe Caustier, Philippe Crubézy, Marie-Laudes Emond, Laurent Huon, Florence Janas, Xavier Legrand, Jean Lescot, Jean-Pierre Moulin, Nina Renaux

scénographie : Christian Benedetti assistante à la mise en scène : Elsa Granat lumières : Dominique Fortin traduction : André Markowicz, Françoise Morvan

intégrale La Mouette + Oncle Vania dimanche 7 oct :
- 16h-17h50 : La Mouette I 18h30-20h Oncle Vania
- tarifs 19 à 43 € : réserver (pour réserver, veuillez cliquer sur « lire la suite » le lien sera alors activé)

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About Diane Maretheu

Si elle n’avait pas commencé par être libraire, Diane aurait volontiers été hôtesse de l’air, chef pâtissier ou dixneuviemiste. Biberonnée à Brassens autant qu’à Led Zep, cet éclectisme se retrouve dans ses goûts littéraires notamment, de Siri Husdvedt à Laurent Mauvignier (son héros). Son amour pour Paris et le plaisir qu’elle prend à se perdre dans ses rues est sans limite. Elle a bien tenté de brûler les planches, sans grand succès, et n’aime désormais rien de plus que s’asseoir dans le noir et regarder des acteurs lui raconter une histoire, une heure ou deux, ou plus.