Home, de Toni Morrison

La rentrée littéraire 2012 s’est dotée cette année du dixième roman de Toni Morrison, et les publications en France de ce monument , Pr ix Nobel de littérature en 1993, sont assez rares pour que le fait soit souligné. Le besoin ne se fait pas ressentir cependant puisque ses romans sont très très attendus partout dans le monde. Nous avons eu une chance supplémentaire cette année puisqu’elle s’est déplacée au Festival America qui fêtait ses 10 ans ans en septembre, à la Mairie de Vincennes.
Le roman : Frank est tout juste revenu de la guerre de Corée et se trouve enfermé dans un hôpital américain, où il est traité comme un prisionnier. Il est noir, et nous sommes dans les années 50. Après avoir servi «son pays», il est rapatrié, dépouillé, et doit se débrouiller pour retourner en Géorgie, dans sa région natale. Là-bas, il compte bien retrouver sa soeur Cee.

Leurs parents sont morts lorsqu’ils étaient encore jeunes, et c’est la femme de leur grand-père, Lenore, qui a fini de les élever, avec son caractère de Folcoche.
Tandis que se déroulent les événements du présent pour chacun des personnages, on perçoit toute l’horreur de la ségrégation raciale : de l’utilisation des noirs dans le conflit coréen, sans autre reconnaissance, jusque dans la manière dont sont traités les femmes dans un pays qui a du mal à se défaire de l’esclavage, en passant par la simple (!) difficulté de se loger, de circuler, ou d’acheter de quoi se nourrir selon l’endroit où l’on se trouve et la couleur de notre peau, Toni Morrison balaie magiquement tous ces aspects en suivant le fil de l’histoire de Frank Money, son amie Lily, sa soeur Cee, leur grand-mère Lenore. Chaque passage personnel viendra éclairer un peu de leur expérience et leur manière d’être. En parallèle, les voix des personnages prennent parfois la parole pour venir enrichir le récit d’un passé dont les mystères parsèment l’histoire de sensations très profondes, sans jamais être révélés tout à fait.
On découvre qu’il y a bel et bien un secret enfoui dans ce passé commun, qui vient à la surface à mesure que les voix se regroupent et allègent leurs consciences de certains fardeaux. Dans ce roman on l’a dit, il est question de ségrégation. Il est aussi question des femmes, de la volonté des hommes, du danger des perversités, de racines, de famille, de filiation, de mémoire, de droits et d’honneur, de mort, mais aussi d’amour et de liberté.
Home, c’est cet endroit d’où l’on vient, où l’on retourne, avec entre les deux sa vie, telle un paquet que l’on voudrait déposer, partager, ou enfouir. C’est un ouvrage où toutes les valeurs de la vie seraient synthétisées, dans un récit qui partirait des branches d’un arbre vers ses racines, comme les rayons du soleil. Indispensable.

Home, Toni Morrison, Christian Bourgois, Août 2012, 140 p. 17€

Traduction Christine Laferrière

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.