Viviane Elisabeth Fauville, de Julia Deck

Oyé Oyé ! Un premier roman aux éditions de Minuit ! La célèbre maison qui éditait jadis Samuel Beckett s’offre cette année une rentrée (de septembre s’il vous plaît) dotée  d’un «primo-romancier», et plus simplement d’une très belle et jeune plume incarnée par Julia Deck. Nous n’avons rien cherché à savoir sur cette dame qui signe ici un roman remarquable et remarqué. Son personnage, Viviane Elisabeth Fauville, berce doucement son bébé ultra silencieux dans un rocking-chair. Elle ne se souvient plus très bien, mais il lui semble tout a fait qu’elle ait tué son psychanalyste quelques heures plus tôt. Oups.

Nous sommes dans la peau de Viviane, mais attention : ce n’est pas un récit à la première personne. L’auteur prend son lecteur à bras-le-corps et l’installe d’emblée dans la peau de son héroïne. Ainsi «Vous êtes Viviane Elisabeth Fauville. Vous avez quarante-deux ans, une enfant, un mari, mais il vient de vous quitter.»
Ce qui est sûr et certain, c’est que vous ne quitterez pas cette peau avant d’avoir terminé le bouquin.
Le reste est un peu plus douteux : il semblerait que votre mère soit morte, mais que vous n’en soyez pas tout à fait convaincue puisque vous la désignez comme votre alibi.

Votre mari vous a quittée, mais vous avez encore les clés de chez lui, appartement dans lequel vous vous procurez puis redéposez l’arme du crime, avec beaucoup de stratégie pour un crime non prémédité.

«Puis un matin, vous voyez soudain très clair.  Vous avez aussi très peur.» p. 134

Vous suivez donc Viviane Elisabeth Fauville dans ce qui semble être soit un moment de folie pure, soit une perte de conscience, soit un cauchemar que vous allez vivre comme un rêve.

Ne comptez pas sur la romancière pour vous dépatouiller de cette situation. Elle tire les ficelles et jusqu’au bout le doute s’instille en vous : qui est réellement Viviane ? Qu’a-t-elle fait ? Pourquoi ? Enfin, comment se fait-il que le mystère s’épaississe à mesure qu’on la suive, jusque dans ce qui se rapproche d’une chambre psychiatrique ?

Le lecteur est guidé d’une main maîtresse jusqu’à la conclusion de l’aventure, car conclusion il y a, oui : en revanche, pour la solution, il faudra chercher ailleurs… car Julia Deck crée ici un personnage fort original, drôle et inquiétant à la fois. L’écriture et l’absence d’horizon précis rappellent parfois Beckett, mais l’on est tenté également de rapprocher Viviane d’un certain personnage d’Emmanuel Carrère, qui décida un jour de se raser La moustache…
Drôle, effrayant, efficace, vivant : une très grande réussite.

Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck, Editions de Minuit, 160p, 13,50 €.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.