Doris Darling de Ben Elton au Théâtre du Petit Saint-Martin

En pénétrant dans la salle du théâtre, rassurez-vous, vous n’êtes pas à l’Aquarium de Paris mais bien au Petit Saint-Martin. Deux gigantesques écrans sur la scène vous offrent une ambiance toute maritime avant le début de la pièce. Puis le noir se fait et une voix off vous prévient « Fasten your seat bell ». Pour l’heure et demie décoiffante que l’on s’apprête à vivre, c’est plutôt une bonne recommandation.

Nous sommes à Londres, dans l’appartement de Doris Wallis, chroniqueuse culturelle qui prend un malin plaisir à dézinguer toutes les actrices botoxées et les mauvais comédiens de Province. Il est difficile d’en dire plus, la pièce repose sur l’effet de surprise et déflorer l’un des nombreux rebondissements vous gâcherait la moitié du plaisir.

Marianne Sergent, alias Doris Darling, est au centre de cette pièce et a une énergie débordante, elle est parfaite dans la rôle de cette « pétasse mondaine ». Délicieusement vulgaire, avec un petit air d’Absolutly Fabulous auquel on ne peut s’empêcher de penser, la dame a une très grande classe et marche sur des talons aiguilles toute la pièce sans flancher. Elle manie le sabre aussi bien que la langue de pute et ses partenaires lui donnent la réplique avec entrain et bonhommie.

Je ne vous dis rien de l’entracte mais rien que pour cela, ça vaudrait le coup d’aller voir la pièce. On passe la première partie comme sous ecstasy, les comédiens débordent d’énergie, le rythme est soutenu. Le dernier tiers, où tout s’explique, est beaucoup plus lent, et on a du mal à réhabituer nos oreilles à un débit et un volume sonore normaux. C’est bien le seul reproche qu’il pourrait être fait à Doris Darling, un moment de détente pourtant survolté dont on ressortira réchauffé au seuil de cet hiver rugueux.

Une comédie anglaise de Ben Elton

Traduction, adaptation et mise en scène : Marianne Groves.

Avec Marianne Sergent, Amélie Etasse, François Siener, Eric Prat, Thierry Lopez –

Scénographie : Gilles Touyard – Lumières : Orazio Trotta – Vidéogroupe : Razmar – Conception sonore : Madame Miniature – Stylisme : Blandine Vincent – Maquillages : Guillaume Bellu – Coiffures et perruques : Jérôme Caron – Chorégraphies : Esther Linley – Coordination physique : U-Men Stunt

Le texte est disponible aux éditions Intervalles : Doris Darling, Titre original : Silly Cow, Ben Elton, Traduction de l’anglais (Royaume-Uni) et adaptation par Marianne Groves Prix : 14 €

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About Diane Maretheu

Si elle n’avait pas commencé par être libraire, Diane aurait volontiers été hôtesse de l’air, chef pâtissier ou dixneuviemiste. Biberonnée à Brassens autant qu’à Led Zep, cet éclectisme se retrouve dans ses goûts littéraires notamment, de Siri Husdvedt à Laurent Mauvignier (son héros). Son amour pour Paris et le plaisir qu’elle prend à se perdre dans ses rues est sans limite. Elle a bien tenté de brûler les planches, sans grand succès, et n’aime désormais rien de plus que s’asseoir dans le noir et regarder des acteurs lui raconter une histoire, une heure ou deux, ou plus.