Le Hobbit : un voyage inattendu

Retour en Terre du Milieu

Rien ne laissait supposer à Bilbo Baggins qu’il allait entreprendre la plus inattendue et la plus extraordinaire des aventures. Il appartient en effet à la race des Hobbits, semi et petits hommes par la taille,  plus enclins à manger qu’à braver le danger. Pourtant, lorsque Gandalf, un magicien hors-pair frappe à sa porte, flanqué d’un groupe de nains, il s’embarque alors dans une fabuleuse odyssée. Sous les ordres de Thorin-Ecu-de-Chêne, descendant d’une lignée de rois déchus, il s’en va reprendre le royaume perdu d’Erebor, conquis jadis par le terrifiant dragon Smaug. Commence alors une quête périlleuse, qui révélera au monde les qualités cachées de ce petit être.

 Tolkien Forever

 Neuf ans après le dernier volet du « Seigneur des Anneaux » ( « Le retour du roi »), Peter Jackson revient donc adapter l’univers qui l’a consacré sur la scène cinématographique. Entre temps après un passage remarqué sur « King Kong » il s’était essayé sur un petit film intimiste « Lovely Bones » sans grand succès.

Il se décide alors à porter à l’écran le premier roman de Tolkien, Bilbo the Hobbit, préquelle à la célèbre trilogie. D’abord producteur du projet ( Guillermo del Toro étant pressenti derrière la caméra), il devient finalement seul maître à bord, s’embarquant pour une nouvelle trilogie. Fait étrange, puisque pour beaucoup un film peut être deux aurait largement suffit…

C’est donc avec un certain plaisir mais aussi certaines craintes que l’on retrouve cet univers rendu visuellement si familier par la première trilogie. Une fois encore, Jackson utilise à merveille les décors naturels de sa Nouvelle-Zelande natale pour donne vie à l’œuvre de Tolkien. En revanche, l’ajout de la 3D n’ajoute pas vraiment grand-chose mais bon, c’est coutumier des grosses productions.

Après une introduction convenue ( on y voit Bilbo vieux narrant ses aventures à Frodo), Jackson commence à narrer le contexte précédant l’aventure comme il l’avait fait pour « Le seigneur des Anneaux ». S’ensuit le début du  périple de ses héros qu’il traite comme une sorte de road-movie. En revanche Jackson réussit cette fois à maîtriser la notion d’espace si délicate dans ce genre d’entreprise ( bien mieux en tout cas que pour « Communauté de l’anneau »). Résultat, le rendu de voyage de ce petit groupe se révèle efficace d’autant plus que le rythme est relativement soutenu, chose indispensable pour un tel sujet.

L’adaptation se révèle fidèle au roman d’origine, portée qui plus est par le charisme de Richard Armitage, plus que convaincant en Thorin, volant presque la vedette à ses partenaires. Sur ces points, Jackson a réussi à la fois son pari et son retour.

 Le syndrome Star Wars ?

 Malgré ces qualités évidentes, Le Hobbit laisse un certain goût d’inachevé voire d’amertume après réflexion. Tout d’abord, si on ne peut qu’être admiratif devant Richard Armitage, l’interprétation de Martin Freeman manque sérieusement de nuance et de subtilité. En outre, les interactions entre les différents membres du groupe se résument à des échanges entre seulement quatre d’entre eux, les autres servant le plus souvent de faire valoir.

Mais surtout, on a la désagréable impression que Jacskon se sclérose dans sa saga et son univers, se retrouvant incapable d’en sortir mais aussi d’en donner une nouvelle vision.

Il ne faut pas oublier en effet, que « Bilbo the Hobbit », est le premier roman de Tolkien, bien avant la trilogie du « Seigneur des Anneaux ; hors sa trilogie n’est qu’une version mature de son premier ouvrage, remplaçant les protagonistes mais pas les enjeux. Et Jackson se retrouve prisonnier en quelque sorte du fait si bien qu’à certains moments on a la curieuse impression de revoir la même chose. Ici, la cité souterraine gobeline remplace les Mines de la Moria, la destruction de la forêt de Radagast celle des Ents par Saroumane, la corruption par la cupidité celle de l’anneau. On retrouve toute cette quête initiatique amenant vers la maturité ( et à l’âge « d’homme ») si chère à Tolkien, qu’elle soit menée par Bilbo ou Frodo.

En outre, Jackson est d’autant plus entravé qu’il lui semble maintenant impossible tel Lucas sur Star Wars, d’abandonner cette saga, tellement elle semble liée définitivement à son succès public mais aussi commercial. En raison des enjeux, il lui semble désormais impossible de dévier d’un iota d’une ligne de conduite préfabriquée voire aseptisée. L’auteur indépendant de « Créatures Célestes » a laissé place à un très bon technicien mais quelque peu déshumanisé.

 Au final,« Le Hobbit » se regarde comme un conte spectaculaire à la surenchère visuelle tantôt jouissive, tantôt lassante, mécanique bien huilée par ses prédécesseurs. Ne manque finalement que le grain de folie qui animait le réalisateur il y a quinze ans déjà. La trilogie du « Seigneur des anneaux » avait gagné en qualité au fil des volets. Gageons que ce sera le cas aussi sur les suites du « Hobbit ».

 Film américain et néo-zéalandais de Peter Jackson, avec Ian Mac Kellen, Martin Freeman, Richard Armitage, Cate Blanchet, Christopher Lee. Durée 2h45. sortie 12 décembre 2012

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre