49 nuances de Loulou, Rossella Calabrò

« Rire est la chose la plus érotique qui soit »

La couverture est alléchante : elle s’annonce clairement comme une parodie cinglante du célèbre « Cinquante nuances de Grey » vendu à plus de 600 millions d’exemplaires. Dans son préambule, tout aussi alléchant, Rossella Calabrò nous explique qu’elle a lu le best-seller, le vrai, ou plutôt la trilogie entière. Elle ajoute que le volumineux roman s’il en est se lit en un battement de cil, que l’ennui n’y a pas sa place, mais qu’il faudrait tout de même un peu penser à rire de ces choses qui pourraient être vraies mais ne le sont pas tout à fait. En d’autres termes, écrire 49 nuances d’un Loulou, soit, pour être plus précis, un vrai homme comme dans la vraie vie, c’est plutôt drôle et tout aussi divertissant, si ce n’est davantage. Ok.

Sans nul doute, Rossella Calabrò connaît son sujet. Entendons par là : elle connaît parfaitement le roman de E.L. James. En effet, pour comparer de la sorte bon nombre de passages clé/hot/emblématiques du pavé, elle a dû l’étudier à la lettre près. En lectrice avérée, elle en a en tout cas ressenti l’essentiel de l’esprit pour mieux le décortiquer dans son propre ouvrage, par comparaison avec un « Loulou » pas piqué des hannetons.
Tout y passe : le look, la maison avec l’inévitable comparaison des revenus et les succulents «effet matin, effet soir», tandis que l’un propose un contrat sexuel, l’autre préserve son patrimoine…

«Rien ne peut arrêter l’appétit sexuel vigoureux de Monsieur Grey.» Le Loulou, au contraire «ne risque (…) pas, pendant lesdites journées, de lui confier son précieux zizi.»

Le charme et les audaces de l’un n’ont d’égal miroir que le ridicule et la simplicité de l’autre, mais au fond, on assiste bien à la démythification vertigineuse d’un personnage aujourd’hui connu de bon nombre de «ménagères de moins de 50 ans», selon les statistiques.

Pour le coup, la parodie de Rossella Calabrò atteint parfaitement son but : on finit par s’attacher à ce tendre Loulou, et l’on a la verte envie de se moquer copieusement de ce Monsieur Grey finalement plus improbable que sa version beauf.

Si l’on se demande si Rossella Calabrò n’a pas profité d’un phénomène (comme beaucoup d’autres) pour attraper un succès quasi-assuré, on se dit néanmoins qu’il est bien commode d’avoir un décryptage et une parodie du best-seller en un seul volume, léger et tordant. Et après tout, oui, le rire est définitivement plus érotique que 3 tomes d’hommage au machisme décomplexé.

49 nuances de Loulou, Rossella Calabrò, Albin Michel, Janvier 2013, 146 pages, 12 Euros.

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Pour aller plus loin dans ce qui se fait autour de « 50 nuances de Grey », vous avez la vidéo de la Fnac :

Et quelques références :

80 notes de Jaune, de Vina Jackson, 450 pages, Milady Romantica

50 nuances de plaisir, de Marisa Bennett, Larousse, 160 pages

50 secrets de volupté, de Elsa Zimmermman, City Editions, 256 pages

50 de BDSM, de Macleod Don, Contre-Dires editions, 126 pages

Et sûrement plein d’autres parodies et déclinaisons de ce best-seller dont on ne vous parlera plus ici. :)

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.