Antiviral, de Brandon Cronenberg

Et pour quelque virus de plus

Futur proche. Le concept de starification atteint son paroxysme. La communion entre fans et idoles ne connaît plus de limites. Syd Marsh est commercial au sein d’une clinique exploitant au mieux cette nouvelle symbiose. Sa vocation : vendre puis inoculer à ces fans les virus ayant contaminé leurs stars préférées. Mais Syd joue à un jeu encore plus dangereux. Il s’injecte secrètement les virus afin de les vendre au plus offrant au marché noir. Mais un jour, il s’injecte le virus de trop ; à la fois mortel et enjeu de toutes les convoitises, il est pris au piège par celle qu’il adule lui-même, Hannah Geist. Le compte à rebours est déclenché…

Si Antiviral est son premier film, le nom de Brandon Cronenberg n’est pas inconnu pour les cinéphiles et en particulier les amateurs de cinéma de genre. Son père n’est autre que David Cronenberg, peut-être le plus célèbre cinéaste canadien, figure majeure du courant fantastique dans les années quatre-vingt avec des titres tels que Videodrome, Scanners, ou encore Dead Zone et plus récemment de A dangerous method et  Cosmopolis.


C’est donc pour certains avec le fardeau et d’autres le bénéfice de « fils de » que Brandon fait son entrée avec la question « bon sang ferait il mentir ? » D’autres ont déjà passé le cap avec succès de Jaques Audiard à Sofia Coppola..  Antiviral constitue-t-il  donc la première étape vers une destinée identique ?

Si David Cronenberg a considérablement fait varier sa thématique depuis le viscéral film noir History of Violence, Brandon quand à lui suit les traces de son père en débutant sa carrière par un film d’anticipation. En revanche, loin des standards hoolywoodiens pétaradants, il nous conte ici une bien singulière histoire à l’atmosphère trouble. La toile de fond est elle même audacieuse puisqu’il analyse froidement le jusqu’au boutisme de la vie par procuration vis à vis des célébrités. Il dresse une critique acerbe de notre société contemporaine prisonnière de l’image, encastrée dans l’étau de la popularité. L’omniprésence médiatique voulue ou non par lesdites célébrités permet désormais à tout à chacun de suivre leurs moindres faits est gestes. Ici Brandon Cronenberg va plus loin encore sur ce point ; entre l’injection de virus qui ont infecté les stars (qu’elles vendent elles-mêmes aux cliniques) et la production de viande constituée de cellules clonées à partir d’elles (idée assez révulsive je le conçois), le réalisateur ne nous épargne rien dans la démesure d’une société qui a perdu ses repères.


Ce portrait est d’autant plus célébré par une mise en scène froide, épurée avec un souci d’organisation de l’espace d’une rare précision. Force est de constater que Brandon Cronenberg donne ici une leçon de cadrage à couper le souffle. D’autant plus que les plans de la clinique d’un blanc immaculé, filmés avec rigueur contrastent avec les scènes d’extérieur (ou celles de l’appartement de Syd) animés par la crasse et le désordre. Restent ces plans refrains laissant Syd en proie au désarroi, prenant sa température corporelle en haut d’un immeuble adjacent au portrait de la femme qu’il vénère.

Au delà de son apport personnel, on dénote des influences graphiques notables conscientes ou non. Ainsi certains plans renvoient directement à Tetsuo et au courant cyberpunk ( y compris les luttes de pouvoir entre multinationales dont le mouvement est friand). En outre la lente décomposition mentale et physique du héros fait invariablement penser à Jeff Goldblum dans  La mouche de David Cronenberg… Qui plus est il parsème ça et là quelques scènes chocs que n’auraient pas renié son père.


En outre si l’interprétation de la plupart des acteurs est aussi aseptisée que l’environnement dans lequel ils évoluent, celle de Caleb Landry Jones est particulièrement réussie. Totalement dépourvu de charisme et donc en adéquation totale avec son personnage il livre une composition aussi viscérale qu’inquiétante, scène finale pour preuve..
Pourtant malgré toutes ses bonnes intentions, le film s’épuise par son sujet finalement assez réducteur et  s’empêtre dans une intrigue secondaire d’espionnage somme toute mal amenée. Brandon Cronenberg affiche à ce stade ses premières limites.

Ovni aussi dérangeant qu’inquiétant, plongeant au cœur même d’une gangrène amorcée par une société stérilisée, Antiviral repousse tout autant qu’il fascine, servi par une plastique remarquable.

Antiviral, Film canadien de Brandon Cronenberg avec Caleb Landry Jones, Sarah Gordon,  Malcom Mc Dowell. Durée 1h44. Sortie 13 février 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre