Dos à deux, deuxième acte, à IVT

Copyright : Xavier Cantat

La compagnie Dos à deux offre depuis le mercredi 6 février une pièce librement inspirée de En attendant Godot de Beckett, à IVT dans le 9ème. Cette pièce s’inscrit comme la suite de Absence, jouée quelques jours plus tôt.

Comment ne pas comparer avec la pièce originale ? Même s’il s’agit d’une libre inspiration, Artur Ribeiro et  André Curti nous régalent d’un magnifique hommage, parfaitement joué par Guillaume Lepape et Clément Chabroche. Paraît-il, les acteurs ne se connaissaient pas avant la pièce : cela suffit à ajouter au mérite des deux personnages, que l’on aurait cru jumeaux. Ici, il s’agit d’un couple de clochards glanant par-ci par-là de quoi manger : miche de pain dur, mouches…

Comme pour Absence, l’ambiance consiste en la mise en relief de la lumière par l’ombre. Les deux hommes sont seuls et ne savent quoi attendre de l’avenir, de l’espace, des gens (absents). L’un d’eux retient l’autre par une corde, car, même s’ils ont beaucoup de mal à se supporter mieux vaut cette compagnie-là que celle du silence. Aussi se soutiennent-ils du mieux qu’ils peuvent, malgré des chamailleries clownesques très chorégraphiées, et même acrobatiques.

L’un ne va pas sans l’autre, et c’est un jeu constant de tiraillements, un «je t’aime moi non plus» incessant et presque ludique, car : mieux vaut la chamaillerie que l’ennui. Puis il y a cet agacement qui naît entre eux à cause d’un mot : «problable». Il s’agit en réalité du mot «probable», prononcé correctement par l’un, et écorché par l’autre. L’un s’acharne à faire les choses comme il faut, donc, à tanner le beau, mimer la Callas, et l’autre à dandiner les fesses sur un air des années 70. Ce décalage les poursuit, encore, et cette «vraissemblance», ce probable évoqué plus tôt prend forme peu à peu : il est en effet probable que tout finisse, que tout finisse enfin, comme Beckett lui-même le disait souvent.

Mais alors que faire quand il y a départ, quand il y a achèvement ? Mieux vaut l’attente, si angoissée, si ennuyeuse soit-elle qu’une fin qui ne peut plus être repoussée, dont on ne peut plus rien tirer. Qu’y a-t-il après le dernier mot, après la dernière mort ? Le vrai vide, sans musique, mais aussi sans gestes, plus rien qu’une expression du néant. Vivre sans mots, soit ! puisqu’ils sont source de conflit, mais sans l’autre ?

Dos à deux, 2ème acte est une pièce très émouvante, où deux êtres maintiennent la lumière tant qu’ils sont ensemble, où le corps de l’autre est un radeau sur lequel on s’appuie tant qu’il y a de la vie, et sur lequel on dérive vers l’obscurité, quand celle-ci l’a quitté. C’est magnifique et rythmé comme un coeur qui palpite.

A IVT jusqu’au 17 février,

mercredis, vendredis et samedis – 20h l jeudis – 19h + rencontre avec l’équipe artistique l dimanches – 16h

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.