Le Nazi et le Barbier à la Manufacture des Abbesses

Copyright : Štherese.gacon@gmail.com

David Nathanson est seul en scène en scène pour incarner «Max Schulz, fils illégitime mais aryen pure souche de Minna Schulz». Il habite ce personnage, mais aussi sa mère Minna, son beau-père violeur d’enfants Slavitzki, coiffeur, Itzig Finkelstein, Juif, dont il usurpera l’identité, ainsi que ses parents, etc…

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 D’abord, il faut souligner l’importance de l’entreprise : il est bien évident que Le nazi et le barbier n’était absolument pas fait pour la scène, avec ses 474 pages bien tassées et riches en rebondissements. Tatiana Werner et David Nathanson ont relevé le défi. Bien sûr, on a déjà vu bon nombre de romans adaptés ainsi à la scène… mais l’acteur a choisi d’être toutes les voix, comme s’il n’était pas assez difficile d’encaisser la schyzophrénie de Max Schulz/Itzig Finkelstein, il a choisi de faire ce voyage seul : de l’enfance maltraitée du petit aryen à son retour en Terre promise, en tant que juif, en passant par son job de SS dans l’un des pires camps de concentration nazi. Non content d’être toutes les voix, d’ailleurs, il parvient on ne sait bien comment à être tous les visages, toutes les postures, tous les accents.

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 Le nazi et le barbier, joué par cette homme-là, c’est de l’énergie incontrôlable, une véritable claque ! Le texte est choisi judicieusement, car si des coupes ont bien entendu été nécessaires, elles n’enlèvent rien à la teneur du roman. Chacun en sera imprégné comme il se doit : il percevra l’horreur, l’absurdité, l’idiotie, la folie, et l’humour, le terrible humour du personnage et de l’auteur qui l’a créé.

 Car Le nazi et le Barbier, c’est aussi cela : être poussé dans ses derniers retranchements et finir par rire de ce qu’il y a de moins drôle, le mal, tant il paraît absurde, démesuré, et embarrassant. Et en même temps, ce qui dessine peu à peu sur notre visage cette tristesse teintée d’étonnement, c’est de découvrir sur le champ que tout est vrai, tout y est, l’homme peut être ainsi et c’est juste incompréhensible : mais pour si bien le dessiner, il faut pourtant posséder un génie démoniaque, ou bien l’avoir vécu.

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 Aller voir David Nathanson jouer Le nazi et le barbier est obligatoire. Non seulement parce que son entreprise est unique, mais aussi parce que sa réussite est brillante, et que Edgar Hilsenrath et cet acteur forment un beau couple qui vous fera passer de la retenue aux larmes, dans un éclat de rire glacé, givré. On leur souhaite de parcourir ainsi un long chemin ensemble, et pourquoi pas, de se rencontrer enfin.

 Le nazi et le Barbier, à la Manufacture des Abbesses jusqu’au 27 février. Renseignements ici.

Le dossier complet consacré à Hilsenrath, ainsi qu’un entretien avec David Nathanson sont parus dans PILC Mag N°13

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.