La Vénus au Phacochère, au Théâtre de l’Atelier

Voici l’histoire de Misia Godebska (1872-1950), pianiste, épouse de Thadée Natanson, directeur de La Revue blanche. Elle est aussi l’égérie de Toulouse-Lautrec, Renoir, qui rêvent de pouvoir la peindre nue. Parmi ses amies « G ». Flottant autour d’elle comme un cafard insistant, le financier Alfred Edwards. Tout ce petit monde est là, sous nos yeux, en la personne éblouissante d’Alexandra Lamy, et c’est par l’intermédiaire d’un jeu épistolaire qu’elle va incarner tour à tour les quatre protagonistes de La Vénus au Phacochère.

Le texte est signé Christian Siméon, et disponible chez L’avant-scène théâtre. La pièce a été jouée au festival d’Avignon en juillet 2012 et a remporté un beau succès. Celle qui habitait le personnage de Chouchou change ici de registre pour incarner une figure de l’indépendance conjuguée au féminin. Elle nous capte dès le début pour nous emmener jusqu’au drame qui se noue petit à petit : la descente aux enfers d’une femme que l’on souhaite soumettre à la volonté du machisme ambiant. Plusieurs éléments interviennent dans cette histoire : les travers de la bourgeoisie française, le goût du paraître, le goût du luxe (ou la foi en son pouvoir), la volonté des hommes à soumettre les femmes à leurs quatre volontés : volonté sexuelles, volonté de classe, place dans le couple (c’est à dire à la maison, ou dans les galas de bienfaisance – on pense parfois à Lady Di, dans une époque pas si éloignée, mais après tout anglaise), et enfin cette jalousie que peuvent éprouver les femmes entre elles.

Manipulation, soumission, revendications, tentatives de possession, vérité cruellement bafouée, dissimulée… chantage, amour profond, dégoût.. La pièce est riche en événements, élégamment portés par une actrice jouant de tous ses atouts : voix, posture, bijoux, talons. C’est un bal époustouflant, une véritable claque. Le décor et les accessoires sont utilisés avec ingéniosité : un amoncellement de chaises menace souverainement de s’effondrer, tel cette histoire machiavélique, et certaines se transportent parfois au gré de la géographie textuelle, ainsi que ces lettres, semées ici et là et dessinant un parcours faussement désordonné, mais finalement tracé à la perfection.

Christian Siméon a sans doute volontairement donné une résonance féministe à l’histoire de Misia. Alexandra Lamy interprète brillamment cette tentative désespérée du bonheur et de la liberté, ce drame social de la condition féminine à l’aube de notre siècle. L’impuissance des femmes, l’ingérence des hommes, et l’ambivalence des sentiments éprouvés par le spectateur face au chemin parcouru en un peu plus d’un siècle. Une pièce finalement encore très très actuelle, pour certaines d’entre nous.

Jusu’au 16 février au Théâtre de l’Atelier, Paris 18e.

Pour en savoir plus : http://www.franceculture.fr/emission-fictions-droles-de-drames-la-venus-au-phacochere-de-christian-simeon-2012-09-08

Pour réserver : http://www.theatre-atelier.com/spectacle-derniere-representation-le-16-fevrier-duree-de-la-representation-1h15-82.htm

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.