Huit monologues de femmes, Barzou Abdourazzoqov

Huit monologues de femmes, donc, se succèdent sans se ressembler tout à fait. Très courts, ils apportent chacun un moment de la vie d’une femme, et si toutes se confient ainsi pour des raisons différentes, toutes ont également en commun une force, tout d’abord, qu’aucun machisme ne semble pouvoir abattre.

Quelques indices nous indiquent que ces femmes sont issues d’origines diverses : musulmane, soviétique bien sûr (l’auteur est du Tadjikistan), mais aussi persane. L’origine finalement n’y change rien puisque toutes les femmes ont en commun leurs désirs, des maris coureurs, l’amour de leurs enfants – qu’il se manifeste dans le manque, la perte, l’utilisation ou l’inquiétude – et une peut-être une clairvoyance qui fait apparaître les hommes comme des sots (amoureux ou adultères).

Il y a, tout au long de ce livre où les voix nous interpellent, comme un sentiment désabusé : le malheur semble toujours succéder au bonheur. Ces femmes savent, et c’est ce qu’elles semblent nous dire : leur destin, si pauvre, triste, joyeux, lumineux soit-il, est entre leurs mains. Elles s’interrogent bien sûr, mais elles savent. Elles ont cette connaissance que seules les femmes peuvent posséder des choses qui les entourent, des événements qui surviennent telles ces injustices sociales totalement banalisées par le système.

Sous la plume de Barzou Abdourazzoqov, il s’agit bien de confidences féminines, et par ces récits, il rend hommage aux mères, aux épouses, aux filles. Elles ne sont pas toujours tendres, dans toutes leurs déclinaisons. Dans toutes ces voix, le lecteur aurait bien du mal à trouver une fausse note. Il ne s’agit pourtant pas d’auto-portraits élogieux, non, car toutes portent en elles leur part de faute et de doute, et c’est ce qui les rend belles et authentiques.
Il y a ce petit quelque chose qui nous fait dire que ces huit destinées pourraient appartenir à une seule femme, comme une confession couillue en huit octaves. Rondement mené.

Huit monologues de femmes
Barzou Abdourazzoqov,
Editions Zulma,
7 février 2013,
58 pages, 10,50 €.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.