Le Havre-New York, Cyril Doisneau

Voilà une BD de très très belle qualité, avec un brin de désuétude tout à fait charmant. D’abord le dessin : il n’y a pas de relief, entendez par là qu’il s’agit d’un dessin en aplat, avec un gris-bleu qui laisse penser que Cyril Doisneau a voulu donner intentionnellement un côté vintage à son dessin.

 L’histoire : Jacques et René galèrent à Paris. Un jour, ils décident tous les deux de prendre la poudre d’escampette direction New-York par le Transatlantique. Nous sommes donc au début du siècle dernier, et la conquête de l’Amérique est un peu dans toutes les têtes de mauvais garçons. L’un se fait embaucher comme cuistot, l’autre comme mécano. Deux métiers qui en somme accentuent leur côté dernier de la classe baroudeur, car ils ne sont ni garçons de chambre, ni serveurs. Aux autres les beaux costumes blancs, à eux la graisse et le cambouis.

 Le reste de l’histoire ne dément pas cette tendance : repérés par Yolanda, une célèbre chanteuse qui s’isole pour mieux savourer son plaisir et sa paresse, ils finissent par se dorer la pilule au lieu d’aller bosser. C’est à la fois improbable et digne des films de cette époque : à mi-chemin, on les imagine bien tels Charlot poursuivis par le capitaine du paquebot, tombant à la flotte au milieu des requins.

 Finalement, on ne tombe pas si loin… mais ce n’est pas tout à fait ça, et la fin proposée par Cyril Doisneau laisse penser qu’il pourrait y avoir une suite se déroulant sur le continent Américain.

 Si l’histoire est assez linéaire et presque contemplative, sans réelle intrigue, elle tisse plutôt des traits de caractère. Jacques et René ne demande qu’à faire fortune tout en ne pensant qu’au repos et à la glandouille. Les deux cancres donnent l’impression de ne pas réellement voir ce qui se passe autour d’eux. D’ailleurs, rien n’est dit du contexte économique, mais leur départ dit tout à ce propos. Ces cancres au coeur tendre ont de plus le charme de ceux qui sont aveuglés par leur but, oubliant les ennuis qu’ils peuvent causer, ou les coeurs qu’ils peuvent briser…

 Une histoire assez touchante avec des personnages qui ne demandent qu’à s’épanouir, à tous les sens du terme. Vivement la suite !

Le Havre-New York, Cyril Doisneau, La Pastèque, janvier 2013, 68 p.,  19 euros

Copyright couverture : La Pastèque


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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.