Les fantômes du Louvre, Enki Bilal

A l’occasion de l’exposition Les Fantômes du Louvre, les éditions Futuropolis et le Musée du Louvre publient conjointement un ouvrage signé Enki Bilal, et, pourrait-on dire, bien d’autres artistes tels que De Vinci, rien que ça, puisqu’il se sert de leurs oeuvres comme la base d’une expérience peu commune…
Les Fantômes du Louvre… En quelque sorte, Enki Bilal n’a rien inventé : avant lui, on a eu Belphegor, le roman d’Arthur Bernède. Ici, on dirait qu’Envi Bilal n’a été capable de voir au Louvre que des habitants fantômatiques au passé funeste, violent, malheureux.

Son emblématique bleu, qui lui sied comme jadis le vert convenait à El Greco, pose partout son empreinte : sur les Delacroix, Guérin et même sur les lieux. Il agit parfois sur l’oeil comme une profanation des oeuvres et de l’histoire. Cependant, Les Fantômes du Louvre, si fardé de défauts qu’il puisse être, n’en est pas moins une oeuvre personnelle : le témoignage de l’appropriation d’un des espaces culturels les plus connus, les plus peuplés du monde, de manière singulière.
Non seulement Enki Bilal profane, mais il détourne l’histoire de l’oeuvre, la réinvente, en offre une nouvelle : il invite à la renaissance du regard face à des lieux et des objets méconnus, à force d’être trop connus. En les sortant ainsi de leur immobilité, de ce paysage finalement trop familier et ancien, il convoite un nouvel intérêt du public.

Appropriation de l’oeuvre ? Détournement ? Réinvention ? Plutôt une enluminure : là où les peintres, sculpteurs et architectes d’autrefois prenaient leur inspiration du côté des muses, Enki Bilal se sert de l’oeuvre finit pour aller au-delà d’elle, inventer ce qui ne peut être vu, lui tisser une autre histoire, d’autres fondements. Il faut une bonne dose d’imagination pour oser s’attaquer ainsi aux oeuvres d’art qui ont déjà été frôlées par les regards du monde entier. Il en faut faut tout autant pour partir dans cette aventure en commençant par photographier 400 chefs-d’oeuvres, en sélectionner 23 pour les faire imprimer sur toile en 50×60 cm, et s’attaquer à elles à coup d’acrylique ou de pastel.
D’autres n’ont pas pris tant de précautions pour faire passer le message sur la Liberté guidant le peuple…

C’est en tout cas un très bel ouvrage, dont l’originalité ne peut que séduire, à condition de ne pas être puritain.

L’exposition se poursuit au Louvre jusqu’au 18 mars 2013, Aile Sully, 1er étage, salle des Sept-Cheminées.

Les Fantômes du Louvre, Enki Bilal, Futuropolis, Louvre éditions, Novembre 2012, 144 pages,
25 Euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.