Bouvard et Pécuchet au Lucernaire

La pièce s’ouvre sur deux hommes qui se rencontrent un jour d’été caniculaire au bord du Canal Saint-Martin. On a beau être à peine réchauffés sur son siège en ce soir de mars, Bouvard et Pécuchet nous font partager immédiatement leur atmosphère.

 Ils se trouvent plein de points communs et se sentent plutôt bien l’un avec l’autre. C’est ainsi que débute leur amitié aussi simple que profondément sincère. Ils passent de plus en plus de temps ensemble, et semblent dans une parfaite harmonie. Le temps de la discorde viendra-t-il ? Il faut croire que non, puisqu’ils commencent à tout partager. Les changements de vie, les discussions passionnées, les tentatives avortées.

 Seuls en scène, Philippe Blancher et Roch-Antoine Albaladejo campent les deux amis avec brio. Dans une économie de moyens, mais avec des jeux de bruitages et de lumières plutôt très malins, ils rendent ici une tempête, là un dîner mondain et c’est comme si l’on y était. Dans cette maison de Normandie avec la vieille baronne, dans leur jardin à biner la terre.

 Tous les champs de la connaissance y passent pendant la bonne heure que dure le spectacle : la littérature, l’art, l’agriculture comme les sciences, la philosophie comme la spiritualité. Et pour un texte de la fin du XIXè, les propos n’ont pas pris une ride et sont tout à fait transposables aujourd’hui. Nos deux compères ont un avis sur tout, pas toujours subtile, souvent premier degré. C’est presque une bouffonnerie que livre l’auteur de Madame Bovary.

 Il y a beaucoup de burlesque dans la mise en scène de Vincent Colin, et l’on se dit que Flaubert aurait bien ri de voir ses deux personnages ainsi interprété. Tout ce qu’ils décident d’entreprendre rate immanquablement, de l’arboriculture à la viticulture, Bouvard et Pécuchet manquent de chance et de bon sens.

Même en amour. « Etrange besoin que les femmes »…

 A noter que le restaurant attenant est vraiment bon et raisonnable en terme de prix. Et vous croiserez surement les deux acteurs pour continuer cette drôle de discussion.

 Bouvard et Pécuchet – d’après Gustave Flaubert – théâtre du Lucernaire – Jusqu’au 14 avril - Mise en scène : Vincent Colin – Avec Philippe Blancher et Roch-Antoine Albaladejo – Lumières : Alexandre Dujardin – Création sonore : Thierry Bertomeu – Durée : 1h10

Renseignements ici.

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About Diane Maretheu

Si elle n’avait pas commencé par être libraire, Diane aurait volontiers été hôtesse de l’air, chef pâtissier ou dixneuviemiste. Biberonnée à Brassens autant qu’à Led Zep, cet éclectisme se retrouve dans ses goûts littéraires notamment, de Siri Husdvedt à Laurent Mauvignier (son héros). Son amour pour Paris et le plaisir qu’elle prend à se perdre dans ses rues est sans limite. Elle a bien tenté de brûler les planches, sans grand succès, et n’aime désormais rien de plus que s’asseoir dans le noir et regarder des acteurs lui raconter une histoire, une heure ou deux, ou plus.