Eva Peron au Théâtre du Marais

Les pièces dans les petits théâtres, c’est quitte ou double. Ou ça sent l’amateurisme, la régie lumière a trop bu et les acteurs s’emmerdent ou l’on a parfois, de bonnes surprises. Dans le cas d’Eva Peron au Théâtre du Marais jusqu’au 26 mai, c’est une très bonne surprise.

 Je ne connaissais pas le texte de Copi, qui a semble-t-il, déjà été adapté plusieurs fois, ici avec un casting uniquement masculin, là avec moultes effets de mise en scène comme projections de nourriture périmée sur les spectateurs. Pour cette fois-ci, pas de projectiles dans la tête des spectateurs, une mise en scène simple au service d’un texte déjà bien déglingué.

Eva Peron tarde à mourir de son cancer et tout Buenos Aires est à sa porte. Autour d’elle, sa mère complètement hystérique, (incarnée avec drôlerie et un certain sens de la gestuelle par Audrey Lamarque) son infirmière, un de ses proches amis, Ibiza, et Peron, bien sûr, qu’on ne verra jamais.

Alors que le peuple est au désespoir et acclame Evita, elle-même se terre, devient folle d’attendre cette mort qui ne veut pas venir la prendre et tyrannise son entourage comme on passerait le temps.

Perrine Demartres campe avec brio Eva Peron, sa voix rauque au timbre si particulier, qu’elle place avec une grande justesse, vous donne des frissons quand elle se met à hurler sur tout le monde et vous glace les sangs quand on la sent à deux doigts de chavirer.

 

Tout est juste dans cette mise en scène de Mélina Vernant et Martin Vielajus, leurs acteurs, les décors, amusants autant que crédibles, le message passe, comme on dit. A l’image de cette scène où l’infirmière – Alexandra Robin – dans une robe blanche immaculée, symbole de sa pureté fait face à une Evita hors d’elle en robe noire, trouble comme sa personnalité.

Sainte ou putain, c’est la question que soulève le texte de Copi et que la Compagnie Etat Limite continue de poser dans cette version d’Eva Peron, aussi loufoque que poignante.

(Article initialement publié sur le blog de Diane)

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About Diane Maretheu

Si elle n’avait pas commencé par être libraire, Diane aurait volontiers été hôtesse de l’air, chef pâtissier ou dixneuviemiste. Biberonnée à Brassens autant qu’à Led Zep, cet éclectisme se retrouve dans ses goûts littéraires notamment, de Siri Husdvedt à Laurent Mauvignier (son héros). Son amour pour Paris et le plaisir qu’elle prend à se perdre dans ses rues est sans limite. Elle a bien tenté de brûler les planches, sans grand succès, et n’aime désormais rien de plus que s’asseoir dans le noir et regarder des acteurs lui raconter une histoire, une heure ou deux, ou plus.