Les inconnus dans la ville / L’étrangleur de Boston

Si les jeunes générations commencent à oublier l’existence de son œuvre, Richard Fleisher, de par ses qualités narratives absolument fascinantes, a laissé une trace importante au sein de l’industrie holywoodienne. Fils d’un des producteurs phare de l’animation, Richard Fleisher a construit sa notoriété à travers un cinéma pluriel, cinéaste non pas de mais des genres. Du peplum (Barabas) , au film d’aventures (Les vikings), en passant par le film noir (L’énigme du chicago expres), Fleisher n’a cessé d’explorer les genres, et d’en tirer la substantifique moelle à l’instar de Soleil Vert, formidable film d’anticipation avec Charlton Heston.

Les éditions Carlotta nous proposent de redécouvrir deux perles de ce grand réalisateur à savoir Les inconnus dans la ville et L’étrangleur de Boston. En attendant un jour une nouvelle copie restaurée de Soleil Vert.

Les inconnus dans la ville

Brandenville, une petite bourgade américaine, au fond comme les autres, dont l’activité est dictée par la mine et la banque. Trois hommes débarquent afin d’y réaliser le hold-up parfait. Pourtant tout ne se passera pas comme prévu.
Avec Les inconnus dans la ville Fleisher pose d’emblée tous les ressorts dramatiques du film noir. Pourtant, il délaisse très vite en grande partie cette idée pour délivrer un détonnant mélange entre polar classique et mélodrame, aidé énormément il est vrai par la verve du scénario de Sydney Boem, auteur de celui du superbe The big heat de Fritz Lang.


Les deux premiers tiers du film d’ailleurs s’évertuent à présenter l’ensemble des protagonistes, pas seulement les gangsters mais aussi une multitude d’habitants qui auront tôt ou tard à faire avec cette sombre histoire de casse. Telle une longue scène d’exposition parfaitement narrée et maîtrisée, cette longue présentation nous offre une brochette de personnages à la fois familiers (ils ne se démarquent pas à la base des standards classiques) et à la fois singuliers, chacun portant de lourds secrets ou de lourds fardeaux. On se prend à s’attacher à ce riche industriel rendu alcoolique par l’infidélité de son épouse, épouse qui cherche désespérément à se racheter, à la bibliothécaire qui se prend à voler, à l’ingénieur mal aimé par son fils, ou encore au directeur de banque coupable de voyeurisme. Pas de blancs portraits mais bel et bien des portraits plus vrais que nature car terriblement humains. Comme le sont ces gangsters à l’instar de celui qui se plaît à distribuer des friandises aux enfants.
S’ensuit après ce long prologue, un final saisissant, ou chacun sera renvoyé à ses responsabilités et confronté à des choix qui les changeront à jamais, au cours d’un cruel jeu de massacre. Fleisher réussit ici un superbe exercice de style, prouvant que les retournements spectaculaires du film noir peuvent être évités par le plus simple des artifices, l’étude de l’homme du commun.

L’étrangleur de Boston

Boston, début des années soixante. Un mystérieux tueur assassine des femmes, les une après les autres. Commence alors un travail d’investigation de longue haleine pour une police dépassée par les événements. Jusqu’à l’arrivée du procureur Bottomly chargé de superviser l’ensemble des opérations.
Avec L’étrangleur de Boston, Fleisher s’inspire de la série de meurtres perpétrés par Albert de Salvo entre 1962 et 1964. En revanche au lieu de s’axer sur le tueur lui-même, Fleisher préfère se concentrer sur le travail d’enquête et délivre ainsi une superbe étude sur la police de l’époque. Entre incompétence, manque de moyens techniques et absence de centralisation, Fleisher présente des autorités plus proches de celles des films noirs des années quarante, que celles des années Kennedy.


En outre, il ne cède jamais à la tentation du spectaculaire, renonçant à filmer les meurtres, préférant toujours saisir les moments précédents l’acte, et offre une dernière partie surprenante sous forme de dialogue psychanalytique, refusant l’esbroufe dont feront preuve ses successeurs dans les années quatre-vingt. Qui plus est, il adopte une méthode pour l’époque révolutionnaire celle d’une narration splitté, en divisant l’écran en plusieurs parties, permettant de suivre l’action sous différents points de vue, et ce de façon simultanée.
Côté casting, le duo Henry Fonda Tony Curtis fonctionne à merveille, Fonda en procureur incorruptible et Tony Curtis en tueur schizophrène. A ce propos, Tony Curtis signe une performance remarquable, celui présenté comme un acteur de comédie, devient désormais en quelque sorte le père spirituel d’Anthony Hopkins et Kevin Spacey, ce vingt avant Le Silence de Agneaux et Seven.
Petite merveille devenue méconnue du grand public, « L’étrangleur de Boston » impose la maturité d’un auteur et les bases d’un genre ( le polar centré sur les tueurs en série) dont Zodiac de David Fincher et Memories of Murder de Bong Joon Ho sont aujourd’hui les dignes héritiers. Une bonne occasion de (re)découvrir le film à qui Hannibal Lecter et John Doe doivent en grande partie leur succès.

Les inconnus dans la ville, film américain de Richard Fleisher avec Victor Mature, Richard Egan, Stephen Mc Nally 1955. Durée 1h30 sortie en dvd/ blu-ray 3 avril 2013 éditions Carlotta

L’étrangleur de Boston, film américain de Richard Fleisher avec Tony Curtis, Henry Fonda, Georges Kennedy. 1968 durée 1h56. sortie en dvd/ blu-ray 17 avril 2013 éditions Carlotta

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre