Lincoln, de Spielberg

L’Histoire selon Spielberg

Les derniers mois d’Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, menant simultanément à son terme la Guerre de Sécession  et l’esclavage au sein du pays.

Après « La liste de Schindler », « Amistad », « Il faut sauver le soldat Ryan » et plus récemment « Munich », Steven Spielberg explore de nouveau l’Histoire en H majeur.

Il s’attaque ici au monstre sacré de l’Histoire américaine avec un biopic concernant son président emblématique du moins pour le public, Abraham Lincoln. Ce dernier est entré dans la légende populaire pour avoir mis fin à l’esclavage, remportant au passage la guerre civile déchirant le pays et connu une fin tragique, assassiné avant l’achèvement de son second mandat.

Pour traiter un sujet à la fois vaste et brûlant, Spielberg refuse finalement une évocation grandiloquente et exhaustive pour mieux se concentrer sur les derniers mois de la guerre et plus précisément sur les quelques jours cruciaux qui ont vu l’adoption par le Congrès de l’abolition de l’esclavage.

Pour ce faire, Spielberg adopte une démarche relativement lente, retranscrivant ainsi la lourdeur d’un système législatif malgré l’avancée inexorable du temps. Il refuse ainsi une approche frénétique se risquant à une vision néoclassique plutôt qu’aux tendances spectaculaires ( qui a dit esbroufe ) qui le caractérisent habituellement.

Résultat, on assiste à un long processus constitutionnel sous forme d’un cours d’Histoire théâtral. Théâtral comme les dialogues savoureux échangés par le couple Lincoln. Pourtant, la magie peine parfois à opérer, d’une part dû au manque de souffle narratif d’autre part par l’incompréhension inhérente des événements qui se déroulent sous nos yeux. Ici la différence culturelle opère mal, et un manque de culture constitutionnelle ou de l’Histoire américaine peut nuire considérablement à l’expérience.

C’est sans compter l’interprétation géniale de Daniel Day Lewis dans le rôle phare. Déjà magistral dans « Gangs of New York » et « There will be blood », incarner des grands sujets historiques lui sied donc bien. Il insuffle à la fois toute la détermination et la sensibilité nécessaire à son personnage. Il entre d’ailleurs dans la légende du cinéma, car son travail lui permet de remporter dernièrement un troisième Oscar pour un premier rôle, fait unique dans le palmarès des statuettes hoolywoodiennes. A ses côtés Sally Field et Tommy Lee Jones complètent un casting époustouflant de sobriété.

En outre, Spielberg rend une copie beaucoup moins lisse qu’à l’accoutumée ne négligeant à aucun moment les points d’ombre de la période. Les trucages électoraux, la vision peu reluisante du parti Démocrate ( qui loin s’en faut n’a pas toujours été le défenseur des minorités) , mais aussi le refus de l’égalité pour la communauté noire ; point d’esclavage certes mais des hommes et femmes considérés toujours inférieurs. Il faudra près d’un siècle pour que la situation évolue de nouveau.

Si « Lincoln » n’atteint jamais l’intensité de « La liste de Schindler », il permet à son auteur de gagner une sincérité bienvenue. C’est déjà pas si mal.

Film américain de Steven Spielberg avec Daniel Day Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones. Sortie le 31 janvier 2013. Durée 2h30

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre