Mobius, de Eric Rochant

L’espion qui m’aimait

L’histoire d’amour entre Gregory as des services secrets russes et Alice, trader de génie, rendue impossible par une guerre entre services de  contre-espionnage et une vaste arnaque financière.

 Une route pavée de bonnes intentions

Pour sa huitième réalisation, Eric Rochant poursuit un chemin bien singulier au sein du paysage cinématographique français. Influencé par moult références au cinéma classique de genre, l’auteur de « Total western » signe ici un film d’espionnage, fait peu coutumier ces dernières années au niveau national. Si la patte reste emprunte à l’héritage européen, l’influence des  « Enchainés » d’Alfred Hitchcock est clamée haut et fort par l’intéressé.

Ainsi, Rochant délivre sur pellicule , cette passion  brûlante avec en toile de fond une intrigue financière voulue complexe.  Pour bâtir l’intrigue, il plante le décor à Monaco et y mêle les affaires supposées peu scrupuleuses de certaines sociétés russes basées sur le rocher. Ne reste plus qu’à y mêler le FSB ( services secrets russes ) et la CIA , pour rendre crédible ce scénario basé sur les dérives de la haute finance.

Côté casting, il s’adjuge les services de Jean Dujardin et de Cecile de France, et s’évertue à insuffler la sensualité de leur couple à l’écran. A leurs côtés on retrouve le charisme de Tim Roth et des seconds couteaux telle Emilie Dequenne. Un casting somme toute judicieux de prime abord. Fort de cette alchimie attendue, Rochant va s’efforcer tout du long de tirer parti des enjeux multiples de son pitch de départ.

 Mais qui mène en Enfer

 Si l’intitulé racole et affole, ce n’est que pour mieux montrer la déception quand au résultat final. Malgré quelques concepts et scènes intéressantes ( le sauna, l’équipe incompétente à la disposition de Gregory), Rochant ne parvient jamais à tirer la substantifique moelle de son idée initiale. La faute en incombe tout d’abord à une mise en scène certes feutrée mais dénuée de la verve ou de l’âme qui lancerait définitivement le film. A croire que les moyens mis à disposition ont inhibé l’auteur choc de « Total Western ». En outre, l’intrigue supposée labyrinthique donne lieu à des retournements de situation clichés maintes fois vues au sein du genre, symbolisés en soi par le titre du film. Mobius fait référence en effet à une figure géométrique semblable aux machinations des protagonistes. Enfin si les acteurs ne sont pas mauvais en soi, ils collent pour la plupart difficilement au rôle attribué. Allouer des rôles russes à des acteurs étrangers et les faire s’exprimer en russe puis en français au mauvais moment ( notamment dans les locaux du FSB en Russie) manque sérieusement de crédibilité. Reste la sensibilité de Cécile de France dont le magnétisme sauve en partie un naufrage involontaire.

 Malgré une envie constante de bien faire, Rochant échoue dans les grandes largeurs et ne maîtrise finalement jamais son sujet. On est bien loin de l’adaptation des romans de John Le Carré de ces dernières années, « The Constant Gardener » de Fernando Mereilles en tête.

 Film français d’Eric Rochant avec Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth. Sortie 27 février 2013. Durée 1h43

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre