La fortune de Sila, de Fabrice Humbert

La fortune de Sila est ce qu’on pourrait appeler la seconde incursion de Fabrice Humbert dans les méandres de la violence.  Tout commence par une scène de restaurant : un serveur qui souhaitait remettre en place un enfant trop encombrant pour la salle se voit administrer une correction inopinée par le père/propriétaire du gamin. Parmi les personnes présentes dans la salle se trouvent quelques personnages que Fabrice Humbert a choisi de nous faire découvrir plus amplement, avant l’événement bien évidemment.

Ainsi nous découvrons que la main qui frappe appartient à un homme monstrueusement avide de puissance, ignoble, lâche par ailleurs, ne s’attaquant qu’aux plus faibles. Lev, l’universitaire russe affamé d’indépendance nous fait voyager quant à lui au coeur de la chute de l’URSS. Simon et sa curieuse passion pour les terrasses dominant les toîts se révèle être un fascinant personnage éternellement amoureux, en plus d’être un brillant scientifique embauché par la «City» pour révolutionner la bourse. Sila, le personnage central, est celui qui voyage le plus et dont l’ascension est peut-être finalement la plus intéressante à parcourir, depuis sa «Cité de nulle part» perdue dans les déserts d’Afrique d’où, déjà, il avait dû partir à cause de sa propension à remettre les autres (un Général, en l’occurrence) en place.

Tous ces personnages sont des hommes, mais tous ont autour d’eux quelques femmes pour contrebalancer cette soif de pouvoir.  De celles qui ravivent des souvenirs enfouis dans les profondeurs de l’âme à celles qui vont les déterrer par quelques questions bien lancées, elles semblent en tout cas animées par le feu de la conscience, et parfois, de la culpabilité.

Voilà donc ici la belle illustration du génie de Fabrice Humbert : il ne s’intéresse à la violence, semble-t-il, que pour en extirper toutes les couleurs, toutes les facheuses tendances, puis les mettre à distance en laissant à ses personnages le soin de se sauver… ou pas. Grâce à une fine analyse de chaque aspect de l’histoire, il échappe à l’écueil du cliché et des abérations. C’est brillant, érudit, sincère et cruel à la fois.

La fortune de Sila, Le passage, 2010, 320 pages, 18 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.