L’origine de la violence, Fabrice Humbert

En 2009, Fabrice Humbert a obtenu le Prix Orange du livre pour L’origine de la violence, son troisième roman. Dès lors, il est passé pour moi du côté des primés, et donc, des opprimés en ce qui concerne mes choix littéraires. Fâcheuse habitude de recaler d’emblée ce qui attire d’ores et déjà trop l’attention du monde.
Il y a quelques mois, je me décidai enfin à entrer dans cet ouvrage. Quelques pages, et j’étais prise au piège : par la narration d’abord, l’histoire ensuite. Puis ce fut au tour, dans le désordre, de Avant la chute. Emotion différente, mais non moins percutante. Enfin, La fortune de Sila, offrant des regards multiples sur une histoire, elle-même tissée par l’histoire personnelle de plusieurs personnages. Un chaos finalement très organisé, où convergent sans le savoir plusieurs destins vers un événement perçu si différemment par les protagonistes… la vie en somme.

© Marc Mameaux

Fabrice Humbert c’est cela : le talent de s’intéresser à l’universel et d’en définir les contours, mais aussi aux singularités de toutes sortes, comme autant de facteurs dont dépend finalement la grande matrice du monde. Je vous invite à découvrir quelques-uns de ses romans, si ce n’est déjà fait…

«Ma mémoire ne retient que la violence et l’angoisse.»

Récompensé à plusieurs reprises, L’origine de la violence est probablement le roman qui a définitivement révélé Fabrice Humbert au public. C’est aussi, de l’aveu même de l’auteur, celui qui lui a sans doute le plus coûté. La narration est à la première personne, et le personnage du roman est professeur de Lettres dans un lycée franco-allemand. Aussi pourrait-on facilement confondre auteur et narrateur dans cette histoire où il est question d’un passé familial dissimulé depuis des décennies.

Outre le problème des origines et de l’héritage sentimental sinon génétique soulevé par cette dérobade paternelle se pose également la question de l’honnêteté vis-à-vis de soi-même et d’autrui (ascendants ou descendants), et donc, finalement du détachement par l’aveu. En effet, un passé et une filiation non avoués restent enfouis tels des secrets nauséabonds et vénéneux, demeurent tellement lourds à porter qu’ils pourraient bien donner lieu à la transmission d’une certaine violence inconsciente, dont l’origine reste à identifier, déterminer… voire à déterrer. En somme, l’inverse de l’effet recherché par la famille en question…

Bien sûr, l’histoire personnelle du narrateur croise une Histoire des plus sinistres, touchant à la Shoah, aux camps, et tout ce qui en découle de tristement célèbre, mais concerne aussi peut-être un autre crime, la jalousie, la rancoeur, le remords et la honte.

L’origine de la violence n’est pas un livre à suspens. C’est en revanche un très beau roman sur l’identité et l’essence de l’être, sur la manière dont on se construit « en présence et en l’absence de », de manière consciente et intellectuelle. C’est aussi la touchante histoire qui lie plus simplement un vieil homme à celui qu’il désigne comme son successeur, soit par pure folie, soit par culpabilité, soit parce qu’au fond, le sang n’a pas grande importance puisqu’il ne détermine pas le rang, et qu’il aurait fallu le savoir plus tôt.

L’origine de la violence donne lieu à une lecture qui pousse à l’interrogation. L’auteur y manie parfaitement l’usage et le mélange du personnel avec l’universel. Un roman très fort, que Elie Chouraqui souhaite adapter au cinéma… à suivre.

L’origine de la violence, Le passage, janvier 2009, 314 pages, 18,25 euros. Article paru initialement dans PILC Mag n°14.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.