Mud, sur les rives du Mississippi

In the mud for love

Ellis et Neckbone sont deux adolescents inséparables, et ont grandi sur les rives du Mississippi. Les parents d’Ellis sont au bord de la rupture et Neckbone est élevé par son oncle, sans avoir connu ses parents. Lors d’une escapade sur un îlot abandonné, ils font la connaissance de Mud, homme énigmatique, intriguant par sa dégaine, son tatouage, son arme et sa chemise fétiche. Ils tombent aussitôt sous le charme de ce vagabond et vont l’aider dans sa quête désespérée. Ils découvrent rapidement qu’il est recherché pour meurtre et a grand besoin d’un bateau pour fuir avec celle qu’il aime, Juniper. Mais bientôt les doutes s’installent, les deux garçons doivent-ils faire aveuglément confiance à cet homme dont l’aura de mystère est nimbée de mensonges ?

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Un an après le triomphe critique de  Take Shelter, Jeff Nichols revient sur le devant de la scène avec cette fois un singulier film d’aventures renvoyant directement à Mark Twain.

Il faut le dire d’emblée,  Mud  est d’ores et déjà une bouffée d’oxygène à défaut d’être un chef-d’œuvre au sein d’une production annuelle où Almodovar, Spielberg, Soderbergh voir Anderson ont déçu tout ou partie.

Une fois encore, Jeff Nichols n’hésite pas à s’éloigner de sa trame principale pour délivrer une série de portraits familiaux saisissants, refuse un pathos malvenu et insuffle justesse et émotion à chacun de ses protagonistes. En s’intéressant une nouvelle fois aux classes ouvrières américaines, Jeff Nichols continue sa longue introspection sociale sans jamais tomber dans un manichéisme inconfortable. Comme dans Take Shelter, il parle de dislocation familiale, de liens à bout de course et de désespoir à l’image de ses amants maudits. Mais en mêlant l’ensemble à une aventure adolescente, il bouleverse les idées reçues et accouche ainsi d’un cocktail détonnant. Peu à peu le cinéaste mûrît dans un univers teinté de faux-semblants, de grands espaces dévoyés par l’Homme et d’une subtile quête de la vérité.

Ballade sauvage

Cet univers, Nichols le bâtit peu à peu et construit son long-métrage avec le même lyrisme, la même narration aux abords contemplatifs que Take Shelter. Une vision des grands espaces que seul l’Homme souille de sa présence, les rives et les marais du Mississippi en dignes héritiers des vastes plaines des westerns d’Anthony Mann. La découverte de ces espaces lors du premier périple des adolescents en ouverture se clôt avec celle de Mud en fermeture, toujours avec le même regard innocent. Nature comme dans Take Shelter qui s’avère vengeresse, les ouragans font place ici aux sournois mocassins des rivières. Il continue à déranger les certitudes quotidiennes, Mud brise ici le morne quotidien des deux adolescents. Ses vaines ambitions de reconquérir celle qu’il aime interpellent deux gamins en recherche de repères affectifs, de stabilité que leur famille ne peut plus leur offrir. Pourtant, les faux-semblants reviennent au galop et la sensation de folie de Take Shelter fait place à la duplicité et aux propos exagérés du fugitif. La vérité est ténue, les deux garçons doivent-ils suivre cet homme jusqu’au bout ou l’abandonner en même temps que la chimère qui l’accompagne ?

En outre, Nichols confirme ses talents de directeur d’acteur, avec sous ses ordres un Matthew Mac Conaughey époustouflant. Déjà brillant dans Killer Joe de Fridekin,  Mac Conaughey délivre une prestation de haute volée, toute en nuances bien loin des numéros d’acteurs cliché qui ornementent trop souvent ce type de rôle. Un pur régal.

 Ode romanesque, récit bluffant sur l’adolescence, film d’aventures refusant continuellement l’esbroufe, Mud c’est tout cela à la fois et bien plus encore. Jeff Nichols affirme un peu plus sa maîtrise à chaque long-métrage, et nous offre un fabuleux retour en arrière , celui d’une époque bénie où la bravoure et l’ingéniosité se mêlait à l’innocence.

 Film américain de Jeff Nichols avec Matthew MacConaughey, Tye Sheridan, Reese Witherspoon. Durée 2h10. Sortie 1er mai 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre