Une saison, Sylvie Bocqui

Un jour, une femme descend du bus devant un hôtel de la Riviera. Durant quelques mois, elle va épousseter, ranger, bichonner et finalement épouser les chambres de ce lieu de passage sans se faire remarquer, sauf de quelques personnes attendries. Elle fera un temps partie du personnel, de ces fantômes qui passent incognito pour faire reluire le lavabo et défroisser les draps jetés là par des êtres pressés ou inconscients.

Ce qui frappe tout d’abord dans ce roman, c’est l’incroyable poésie, et le parfum qui s’en dégagent : de parfums, le personnage s’en imprègne au fil des chambres habitées par les femmes, couvrant précieusement chaque prélèvement timidement acquis pour le garder jusqu’au soir où elle l’emportera dans sa propre chambre. Elle passe ainsi dans des suites désertées puis dans celles qui sont habitées lors de son passage, se faisant plus patiente et curieuse dans les unes, plus discrète et sauvage dans les autres.

On est attendri de ces petites manies de femme pudique qui n’aime pas faire son travail devant celui ou celle dont elle manipule les affaires personnelles. Comment ne pas fondre devant la soudaine générosité d’une cliente qui tend sa robe de soirée, l’offrant à essayer ?

Il y a surtout dans ces pages le véritable parfum de l’absence : elle est absente pour les uns, qui le sont aussi beaucoup en retour, et surtout, on ne saura pratiquement rien de sa vie, de son passé, de l’enjeu de cette saison si particulière passée en sa compagnie. Là réside peut-être le secret de ce fabuleux premier roman : le personnage passe, tout comme une saison, le temps d’une saison, pour ses propres raisons.

Abattant pour nous quelques mystères de ce qui demeure en un lieu dont on s’éclipse pour le retrouver plus tard immaculé, réhaussé, l’auteur nous laisse à la fin de son roman avec cette interrogation poignante, et surtout, cette terrible absence non expliquée, seulement suggérée, et peut-être d’ailleurs très vite oubliée par le reste des personnages.

C’est peut-être le plus bel exemple de conte cruel et poétique que l’on pouvait trouver dans les derniers romans parus.

Une saison, Sylvie Bocqui, Arléa, janvier 2013, 98 pages, 17 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.