Une chambre à Hollywood, de Brigitte Lo Cicero

Ecrit et mis en scène par Brigitte Lo Cicero

Au théâtre du Petit Hébertot tous les dimanches à 17h30 jusqu’au 30 juin 2013

 

En 1950, Nelly, ancienne standardiste, voit sa vie basculer du jour au lendemain à la faveur d’une rencontre sous un ciel pluvieux : elle va vivre ce dont beaucoup de femmes rêvent en secret, et devenir l’une des plus grandes actrices hollywoodiennes de sa génération.

Le théâtre où se joue la pièce nous montre qu’elle porte bien son nom, puisqu’il s’agit d’un huis-clos. Comme dans tous les huis-clos, (Les combustibles, Huis-Clos, et bien d’autres pièces ne nous feront pas mentir), la situation est propice à la réflexion, et surtout au dialogue, qu’il soit le fruit d’une rencontre ou tout à fait intérieur. La solitude n’est pas seulement propice à l’éloignement des autres et de leur influence, elle est aussi l’opportunité piégeuse d’une autre forme de remise en question, d’une confrontation avec soi-même et son passé. C’est ce qui va arriver à Nelly.

Il s’agit bien sûr de l’histoire d’une femme commune qui franchit sans préavis le seuil d’une vie extraordinaire, l’accomplissement magique inattendu. Le personnage de Brigitte Lo Cicero se révèle pourtant très vite plus profond, sensible et complexe que cette image trop ressassée de la femme devenue star.

La pièce révèle peu à peu tout son intérêt : le mélange des genres, une psychologie très fine et ombrageuse, portant en elle plusieurs sujets difficiles à imbriquer les uns dans les autres sans tomber dans l’écueil du déjà-vu ou de l’échec. C’est pourtant avec brio que Brigitte Lo Cicéro nous invite à flirter avec le malaise, la peur et la surprise, vous cueillant divinement au moment le plus inattendu, abordant tout à la fois le rapport à la mère, à la mort, au sexe, à la solitude, la gloire, l’amour, la jalousie, l’amitié, et la folie.

La pièce est rodée, très aboutie, professionnelle : tout ceci sans écarter le moins du monde ce qui attache et agrippe le spectateur, à savoir cette sensibilité qui est appelée en chacun de nous. Il faut rendre hommage au texte bien sûr, sans lequel la tension psychologique de la pièce ne serait rien. Il faut rendre hommage à son efficacité, sa fulgurance. Mais il faut aussi et surtout rendre hommage aux acteurs, qui miment à la perfection ce que porte en elle cette histoire : Déborah Amsens, insoupçonnable, Bruce Tessore acteur inssaisissable, Didier Forest absolument parfait dans l’indifférence comme dans l’attachement, et enfin, Brigitte Lo Cicero, qui nous laisse penser à la fin du spectacle que l’on ressort d’une salle trop petite pour son talent, trop minimaliste. Elle a ce vrai talent d’actrice, cette capacité à offrir un monde de dualités, de cruauté, d’amour aussi.

D’Une chambre à Hollywood, on ressort sonné. Abasourdi par tant de justesse. Cette pièce est un petit bijou d’intelligence et de générosité, car il en faut bien, de la générosité, pour s’offrir en pâture avec tant de choses sur les épaules, à un spectateur fasciné, intrigué, peiné mais finalement consentant. Une merveille qui mériterait d’aller au-delà des frontières du théâtre. A voir sans tarder. C’est notre coup de coeur du mois !

 

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.