Carnets d’Avignon, de François Olislaeger

L’ouvrage ressemble à s’y méprendre à une bible (de loin), à un mystérieux grimoire de dessinateur (de près). En réalité, il est à peu près les deux : une sublime bible de Théâtre, Avignon de 2008 à 2012, mais aussi un objet absolument magnifique et précieux dans lequel on aime se replonger à souhait.
Le travail de l’auteur a consisté à assister à une centaine de spectacles, et une cinquantaine de débats au cours des festivals de 2008 à 2012. Croquis, petites phrases, bouts de scènes, interventions de spectateurs : on trouve de tout, tout ce qui peut faire l’âme du Festival d’Avignon.
Mieux qu’un magnétophone ou une caméra, Olislaeger a réussi à capter les moments importants, essentiels, anodins ou sensibles de l’événement sur plusieurs années. On peut compter ici sur une bonne dose de subjectivité, forcément, puisque l’art du dessin et la façon de percevoir une rencontre, une représentation dans le but de les croquer est inévitablement une entreprise subjective.

Quelques perles feront sourire les habitués comme les moins aguerris, telle cette remarque d’un spectateur en plein débat : «Est-ce que c’est le rôle du ministère de la Culture d’organiser le concert de Johnny ?» Hors contexte, cela peut surprendre. En y réfléchissant, ce peut être une vraie question… Il y a aussi ces citations dont on ne sait pas, parfois, si elles sont des réflexions du dessinateur : «Avant, l’économie aidait la production culturelle, maintenant, on demande à la culture de produire une économie.»
Le Festival d’Avignon est bien entendu un endroit où les avis sur la politique culturelle s’expriment : c’est aussi le lieu où l’on découvre ce qui va peut-être parcourir les routes du pays à la rencontre des spectateurs. L’endroit où s’initient les productions théâtrales de tous horizons. C’est aussi cet endroit prestigieux où se jouent des destins artistiques tandis que… «les gens achètent des places pour le lieu, sans savoir ce qui s’y joue». J’y étais. Eh oui.

Sans nul doute Carnets d’Avignon restitue l’âme du festival, et semble même être une excellente introduction pour qui ne connaît pas cette ambiance incomparable. Ce sera également un bon outil mémoriel pour ceux qui assistaient au festivités durant ces années. Un ouvrage qui deviendra probablement une référence, et que l’on aimerait voir se poursuivre les années suivantes…

Carnets d’Avignon, F. Olislaeger, Actes Sud, Arte Editions, Préface de Hortense Archambault et Vincent Baudriller, juin 2013, 304 pages, 24,50 €.

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A noter que David Nathanson, acteur brillant de la pièce Le nazi et le barbier, excellente adaptation du roman de Edgar Hilsenrath, fait chaque jour son compte-rendu du festival ici !

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.