Mafioso, de Alberto Lattuada

Antonio Badalamenti (Alberto Sordi) est contremaître dans une usine à Milan. En réalité, il passe derrière chaque ouvrier de l’usine pour contrôler sa rapidité : il est chronométreur. Décidé à présenter son épouse et ses deux petites filles à sa famille, il fait route vers la Sicile afin d’y passer les vacances. Arrivé sur place, tout ne se passe pas comme prévu puisque sa femme n’est guère appréciée par sa belle-famille. De plus, Antonio est contacté par des parrains de la mafia à qui il doit sa situation confortable. Ces derniers souhaitent que le bon père de famille qu’il est devenu leur rende un service particulièrement spécial.

Alberto Sordi a tourné aux côtés de Sophia Loren que l’on voit apparaître brièvement sur une affiche de cinéma (un film de Vittorio de Sica) durant son périple New-Yorkais avec les mafieux. Il a joué pour Ettoré Scola, et même Fellini. Il a également joué, entre autres, dans Les sorcières, film réalisé par Vittorio de Sica, Pasolini et Franco Rossi. Cet acteur à la carrière impressionnante était un maître de la comédie d’après-guerre en Italie. Mafioso a d’ailleurs été tourné en 1962.

Alberto Lattuada disait volontiers que le point commun à tous ses films était la grande solitude éprouvée par ses personnages. On retrouve cette condition chez Antonio Badalamenti, qui se retrouve seul face à la mafia, ne pouvant se confier à personne ni rien refuser pour le bien-être de sa famille. En somme, un personnage qui est dos au mur, face à une demande qu’il ne veut ni ne peut honorer, mais pour laquelle il se mettra cependant en marche, par peur de tout perdre. Il n’a qu’un seul choix : faillir et voir la mort s’abattre sur lui et les siens ou bien donner la mort contre son gré.


Mafioso est une critique assez acerbe de l’Italie, et peut-être plus particulièrement de la Sicile, où sévit une mafia familiale de laquelle dépendent d’autres familles, quand bien même elles seraient expatriées. En d’autres termes, il se pourrait que Mafioso soit l’archétype même du cliché de l’Italie véreuse.

Mais il y a aussi ce côté de l’emprise familiale sur l’épouse inconnue jusqu’alors justement parce qu’on craignait la rencontre et ses conséquences. Le principal personnage est d’autant plus seul qu’il ne peut se confier à cette épouse qui de son côté a su finalement se faire accepter. Dans tous les cas, pour se sauver, Antonio doit trahir quelqu’un, et pour la sauver, c’est à sa famille de sang qu’il offrira le mensonge et le silence. On en déduit que la famille de la mafia a un pouvoir plus grand encore sur un individu, quand bien même l’idée de famille est une notion des plus précieuses en Italie.

Le film est assez drôle dans toute sa première partie. Puis vient le moment de l’intrigue et de son dénouement : deux étapes qui passent beaucoup plus vite que la mise en place de cette situation inextricable.

La solitude en question éprouvée par le personnage d’Antonio est ressentie très fortement par le spectateur, au moment où il est emmené de force : de longs moments de silence accentuent cette pesanteur, ainsi que quelques clins-d’oeil à la superstition et la paranoïa.

Mafioso est l’illustration parfaite de la chute d’un homme qui a bâti un empire qu’il croit être sien, pour le voir s’effondrer et se sentir subitement l’être le plus vulnérable et lâche. Un très beau rappel à la réalité, qui contient finalement son lot d’universel.

Mafioso, de Alberto Lattuada, avec Alberto Sordi, Norma Bengell, Gabriela Conti, 1962, sorti le 2 avril 2013 aux éditions Tamasa en DVD.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.