Man of Steel, la chute du Dieu solaire

En quête de ses origines, un homme doté d’immenses pouvoirs découvre qu’il vient d’une autre planète. Lorsque certains de ses congénères débarquent sur Terre et dévastent tout sur leur passage, il va embrasser sa destinée…

Année Zéro

Trente cinq ans après Richard Donner et sept ans après Bryan Singer, Zack Snyder livre sa vision des aventures de l’Homme d’acier. Après la déferlante des films de super héros depuis plus de dix ans, Warner Bros tente ici de peindre au mieux les exploits du premier super héros créé jadis par Joe Shuster et Jerry Siegel. Tâche extrêmement ardue s’il en est, Donner ne possédait pas les moyens techniques pour rendre au mieux les travaux d’Hercule du personnage et Singer ne parvint jamais à se détacher de l’œuvre de Donner lui-même, passant complètement à côté de son sujet. Snyder entreprend donc une mission périlleuse, entaché par deux échecs au box office (notamment le calamiteux Sucker Punch) et Warner bros se doit de redresser la barre après la déroute de Jack et le chasseur de géants sorti quelques mois plus tôt. L’objectif de la maison de production n’est ni plus ni moins de rivaliser avec Disney / Marvel Studios et de lancer dans le futur le projet Justice League of America, le pendant Dc Comics d’Avengers. Tout dépend donc de la réussite financière de ce Man of Steel.
Pour réussir, on associe Zack Snyder au tandem Nolan/Goyer, ceux là même qui ont revitalisé la franchise Batman. Objectif désormais, faire de l’homme de Krypton le pendant lumineux du chevalier noir.
Pourtant comment représenter au mieux un personnage au final inintéressant sur le papier ? Doté de pouvoirs quasi divins et d’une personnalité des plus lisses, Superman n’a jamais passionné les foules au contraire de Spiderman, Batman ou encore les X-men. Cependant quelques histoires du kryptonien sont particulièrement savoureuses ; pèle mêle, Identité Secrète de Kurt Busiek où Superman est réduit à l’état d’une légende urbaine devenue réalité, Superman Red Son où il attérit en URSS et devient chef du parti communiste, ou encore le savoureux Superman All Stars de Grant Morrisson où à la fois au sommet de sa puissance et moribond il entame un dernier baroud d’honneur.
On pouvait donc espérer que Snyder irait dans ce sens en entreprenant la réalisation de ce Man of Steel, appuyé dans cette optique par Nolan et Goyer.

Ange déchu

Afin de donner un nouveau souffle à la franchise, Snyder s’éloigne radicalement du film Richard Donner, et ce contrairement à Bryan Singer. Il s’inspire en partie de la guerre entre Superman et le général Zod conté il y a quelques années dans le comic book. Surtout, il tente de réinventer complètement les bases de la saga au cinéma, donnant une image de maturité au personnage et en lui enlevant le côté trop lisse (qui a dit niais) qu’on lui prête trop souvent à raison. Verdict après deux heures trente de métrage ; une lente mais inéluctable descente aux enfers. Malgré un casting haut de gamme, Man of Steel ne parvient jamais à atteindre la mesure des ses ambitions. Pourtant on dénote au départ quelques points positifs, Kevin Costner en Jonathan Kent en tête. D’ailleurs les passages de l’enfance et l’adolescence de Clark sont de loin les plus réussis renvoyant à la très sous estimée série Smallville.
Malheureusement ce bon point ne contrebalance pas les nombreuses tares du film, dues largement à la mise en scène mais aussi aux dessous d’un script déplorable. Dès les premières minutes, on est très vite lassé par la guerre sur Krypton présentée comme un mini film d’action certes trépidant mais trop mal découpé pour être réellement intéressant. Puis Snyder use alors d’une  narration déstructurée afin de raconter le périple de Clark Kent en quête de ses origines. Option sans doute choisie par Nolan, ce dernier utilisa ce procédé sur Batman Begins. Malheureusement le résultat s’avère très vite catastrophique tant le découpage de Snyder relève constamment d’un clip pour épileptiques digne des pires heures de Michael Bay. Véritable bouillie visuelle, Man of Steel confirme les penchants visuels de mauvais goût présents déjà dans 300 et Sucker Punch. Pire encore sa relecture de l’univers montre rapidement ses limites et atteint parfois les sommets du ridicule. Si Superman est moins crédule, Loïs Lane passe elle de femme forte à midinette, quand à l’homme d’acier, métaphore de Moïse pour ses créateurs, il devient ici celle du Christ par des allusions insistantes et grotesques (oui j’ai trente trois ans…sans commentaire) et des plans plus ridicules les uns que les autres (Superman vole en croix… ou Kent parlant à un prêtre avec l’iconographie christique derrière…). Toujours dans l’imagerie absurde, la destruction des tours dans l’affrontement final dénote la hantise du 11 septembre mais ce sans aucune réflexion. Surtout Snyder échoue dans la reconstitution des origines pourtant point fort des autres films de super héros (Iron Man, Batman ou Spider-Man) n’arrivant jamais à accrocher le spectateur sur ce point (trop peu de scènes à Smallville notamment).
Enfin, Snyder persiste et signe avec sa moralité tendancieuse voire réactionnaire (Superman tue ou laisse mourir des innocents) ce qui après 300 et Sucker Punch commence à faire beaucoup. De plus cette attitude contraste avec l’espoir que le personnage est censé apporter, notion qui est sans cesse répétée tout du long et symbolisé par le S de la famille L.

Sans entrer dans les superlatifs des plus grossiers, force est de constater que Snyder accouche ici d’un blockbuster aussi fin qu’un chasseur traquant sa proie avec un char d’assaut. Un résultat à la qualité affligeante inversement proportionnelle à son succès au box-office. A toute chose malheur est bon dit-on. Même si ici Snyder signe sans doute l’un des films de genre les plus bâclés de ces dernières années.

Film américain de Zack Snyder avec Henri Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Kevin Costner et Russel Crowe. Durée 2h23. Sortie le 19 juin 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre