Wolverine, le combat de l’immortel

Eternel ronin

Hanté par son passé et errant sans but, Wolverine se rend au Japon, au chevet d’un homme qu’il a sauvé jadis. Il se retrouve alors confronté à une vaste machination où il pourrait perdre bien plus qu’il ne l’imagine.
X-men reste encore aujourd’hui l’une des franchises les plus rentables de la bande dessinée américaine voir mondiale. Si la crise du comic book n’a pas épargné la série lancée dans les années soixante par le tandem mythique Lee-Kirby, il ne faut pas ignorer les scores de vente cumulées au fil des ans capable de faire pâlir n’importe quel titre franco-belge, Tintin y compris. Il aura fallu attendre en revanche plus de trente-cinq ans pour que le cinéma porte à l’écran ces héros pas comme les autres. Depuis cinq films ont traité en long et en large l’univers des mutants de « la maison des idées » ; deux, fort surestimés portent la marque de Bryan Singer, un épisode calamiteux est signé Brett Ratner, un reboot à l’allure bondienne fort réussi de Matthew Vaughnn et enfin un épisode consacré aux origines de l’homme fort de la saga, Wolverine. Ce dernier, fustigé à raison par le public et la critique à sa sortie, ne trahissait pas seulement l’essence du personnage mais bénéficiait en plus d’un traitement visuel non plus quelconque mais plutôt sorti tout droit d’un mauvais film Z direct to vidéo.


C’est pourquoi, l’annonce d’un nouvel opus consacré au personnage inspirait nombre des craintes aux fans de la première heure. Afin d’éviter une nouvelle déconvenue, la Fox mit aux commandes James Mangold, choix assez singulier s’il en est. Réalisateur adepte d’un classicisme efficace, le trublion s’est fait remarquer par une filmographie plutôt éclectique ; jugez du peu, un polar désabusé avec Copland, un mélodrame psychiatrique avec une Vie Volée, un western rétro avec 3h10 to Yuma, un biopic musical avec Walk the line ou encore un actionner décomplexé avec Night and Day.


Pourtant point de reboot (usage très courant ces temps-ci) entrepris par Mangold, mais plutôt une continuité dans la ligne scénaristique des précédents volets. Un pari osé et risqué que prend le réalisateur tant ces derniers ont été conspués, mais qui a le mérite de donner une certaine cohérence d’emblée. En revanche et là commence le vrai bon point de départ, c’est le choix de l’arc original pour cette nouvelle adaptation. Mangold opte pour la mini saga des années quatre-vingt baptisée sobrement Wolverine et mise en scène par un certain Franck Miller… Le scénario mettait en scène notre protagoniste au pays du soleil levant, pris entre son devoir et ses sentiments, donnant lieu à l’une des plus belles pages de son histoire. Résultat à l’écran trente ans plus tard : si le film n’est point un chef-d’œuvre impérissable, il en résulte un blockbuster plutôt efficace, dénué d’une prétention malvenue et à certains moments porté par quelques fulgurances bienvenues. Si Mangold s’éloigne quelque peu du matériau d’origine, ce n’est que pour mieux remodeler le personnage invulnérable qu’on a bien voulu nous montrer jusqu’à présent.


Il faut d’ailleurs saluer la sobriété de la scène d’exposition qui bien que dépourvue de toute vraisemblance oppose ceux qu’on appelle les enfants de l’atome (Children of the atom en anglais dans le texte) au pouvoir brut de l’atome déclenché par les hommes. S’ensuit alors une présentation de Wolverine en ermite assez convaincante à défaut d’être poignante.
Surtout, Mangold parvient à maîtriser la narration tout du long, découpant les plans de façon classieuse (échappant ainsi au procédé épileptique utilisé par bon nombre de ses confrères) et rendant une copie propre bien que bâclée légèrement vers la fin (sans entrer dans les détails, elle ne colle pas avec le ton du film). En outre, Mangold évite la surenchère permanente (contrairement récemment à Snyder) et permet à ses personnages d’exister.


Par contre si Hugh Jackman impose son charisme habituel, il n’en est pas de même de son jeu toujours aussi pauvre à l’écran. Cette caractéristique vaut d’ailleurs pour l’ensemble du casting car si leur présence à l’écran est indéniable, les talents de comédien de chacun sont assez limités…
Mais ne boudons pas un certain plaisir coupable, sans égaler Matthew Vaughnn sur la série, Mangold remplit un cahier des charges imposé. Sobre et assez bien rythmé, ce Wolverine, le combat de l’immortel s’impose comme un amusant divertissement sans toutefois révolutionner le genre. C’est déjà pas si mal.

Film américain de James Mangold, avec Hugh Jackman, Tao Okamoto, Rila Fukushima. Sortie le 24 juillet 2013. Durée 2h06

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre