Les voyages de Daniel Ascher, Déborah Lévy-Bertherat

Déborah Lévy-Bertherat, pour son premier roman, a choisi un terrain Ô combien emprunté par la littérature française depuis un demi-siècle : elle nous emmène ainsi au coeur d’une histoire familiale pleine de secrets, touchée par la période de l’occupation.

On rencontre donc Hélène, étudiante en archéologie, qui pour ses études vient habiter une mansarde prêtée par un oncle écrivain de romans d’aventure pour la jeunesse, dans un quartier sympathique de Paris. Voilà les problèmes matériels et la situation de l’intrigue liquidés rapidement grâce à  la «mansarde» tant prisée par les artistes  de tous horizons (peintres, philosophes, poètes, écrivains maudits…) ce qui est toujours séduisant (qui a dit cliché ?) et qui  balaie très vite les problèmes de loyer.

L’oncle, on l’a dit, est écrivain et très grand voyageur. Quand il est là, il raconte ses histoires à la table des enfants. Lorsqu’il n’y est pas, il parcourt le monde entier pour en ramener ses histoires pour enfants. La boucle est bouclée. Hélène déteste ce grand-oncle de 70 ans toujours prompt à se faire remarquer, un brin intrigant et surtout imprévisible. C’est pourtant dans sa vie et son passé qu’elle finira par fouiller, telle l’archéologue en herbe qu’elle est censée être. Comme il faut bien un prétexte à cela, c’est l’arrivée du petit ami, fan des romans d’aventure La marque noire signés par Daniel Ascher, qui va déclencher une avalanche de questions et de découvertes…

L’ensemble de l’ouvrage est construit de façon très appliquée, et tout est parfaitement cohérent et amené par une écriture très agréable : on se laisse emporter par l’histoire assez facilement. On ne pourra donc pas reprocher à Déborah Lévy-Bertherat d’avoir une mauvaise plume : bien au contraire, il semble qu’elle soit une assez belle promesse pour la littérature française.

Cependant, certains aspects du livre peuvent parfois agacer, telle que cette romance entre les deux jeunes, qui laisse un goût très «Hélène et les garçons» (sans mauvais jeu de mots), où les études ne sont qu’effleurées alors que c’était pour le coup un terrain  assez exploitable, et l’histoire d’amour très clairement perçue comme un prétexte. Le thème de l’ouvrage aurait peut-être moins souffert sur plus de longueur : on aurait aimé que l’auteur prenne davantage de temps, fasse moins lisse, donne plus de folie à son histoire. A noter cependant qu’une autre histoire d’amour, elle plus ancienne, est tout à fait séduisante et échappe à la lourdeur habituellement de mise avec les grandes révélations romanesques.

Les voyages de Daniel Ascher reste une belle mise en abîme du travail de l’écrivain sur la reconstruction et la reconstitution d’une vie. C’est sans doute un bel avant-goût pour cet auteur qui on l’espère, pour son second roman, explorera cette fois réellement le reste du monde, pour offrir quelque chose de plus ample qu’un microcosme tourné vers le passé.

Les voyages de Daniel Ascher, Déborah Lévy-Bertherat, Rivages, Août 2013

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.