Uriel, Samuel, Andrew de Will Argunas

Will Argunas, dans son dernier ouvrage, nous propose un récit à plusieurs voix : celles des vétérans de la guerre d’Irak revenus chez eux aux Etats-Unis. Avant de commencer la lecture, l’oeil s’arrête sur un constat accablant figurant sur la quatrième couverture : « Aux Etats-Unis, d’après le ministère des anciens combattants, dix-huit vétérans d’Irak et d’Afghanistan se suicident chaque jour, ce qui dépasse de loin le nombre de morts sur le terrain ».

L’auteur porte un regard attentif sur tous les lieux de cette guerre qui divise politiquement tout un monde : d’abord l’Irak, bien sûr, du côté des civils qui subissent la guerre autant que les militaires, où l’on découvre les atrocités d’un conflit qui ne semble pas justifié ; dans les familles des engagés partis sous le drapeau américain, où l’on assiste au désoeuvrement de femmes qui doivent assumer financièrement et psychologiquement une maison et des enfants, dans la situation économique que l’on connait ; enfin, sont évoqués l’attente des soldats dans les bases militaires, l’inquiétude de rentrer sain et sauf après chaque mission, le devoir de veiller les uns sur les autres, l’attente du retour à une vie normale dans son pays natal, un quotidien qui manque, inexorablement….

C’est ce contraste entre l’attente du retour au pays et l’incapacité à revenir au quotidien qui frappe en premier. Ce qui manquait, et qui était tant convoité semble glisser sous le regard des vétérans. Seule la guerre est inscrite pour toujours dans leur rétine. Ici, trois destins (sans compter celui du 4ème, qui ne revient pas) sont fouillés. Trois copains de base qui vont subir un sort différent des autres à leur retour. Tous sont marqués par les mêmes souvenirs, mais chacun prendra son chemin, celui qui correspond le mieux à ses traumatismes. Le point commun de ces trois vies : le retour en héros dans un pays qui n’a rien à leur offrir excepté le chômage, et un numéro de téléphone pour les aider à surmonter le choc.

Le récit est d’une étonnante sobriété, frappant de cohérence et de justesse. C’est une belle manière d’explorer les conséquences d’un conflit, car aucun côté n’est passé à la trappe, et les soldats ne sont pas érigés seuls en victimes de la guerre : les méfaits de certains ne sont pas oubliés, dans cette histoire.  On apprécie cette once d’objectivité.

Uriel, Samuel, Andrew – de Will Argunas, Casterman, Aout 2013, 207 pages, 16 euros.

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.