Entretien avec Kadebostany

On les a rencontrés, on a été vibrer avec eux en concert au Nouveau Casino. On a adoré leur album, et mieux : ils font déjà partie de notre palmarès 2013. Rencontre avec Kadebostany.

Pendant l’élaboration de l’album, avez-vous eu le sentiment, tous les deux, de lancer une bombe ?

Non, parce qu’on a travaillé d’abord morceau par morceau, donc on a pas eu tout de suite cette idée d’homogénéité de l’album. On donne tout ce qu’on a envie de donner sur chaque morceau, ce qui donne ce côté très différent aux morceaux. Mais c’est vrai que lorsqu’on a écouté l’album à la fin on s’est dit : ah ouais. Il se passe quelque chose.

 Est-ce qu’il y a eu des chansons d’écartées ? En gros j’aimerais savoir si il y en a encore en stock derrière.. ;)

Y’en a encore en stock derrière. Du coup, il y a des instrumentaux qu’on retrouve en live ou sur le premier album mais qui ne sont pas sur celui-là, et puis il y en a qui ont été écartés pour des raisons de cohérence au niveau de l’album. Mais on a encore plein d’idées de morceaux, qui vont venir pour le prochain album.

 Du coup un prochain album est envisagé…

ça c’est sûr ! Oui !

 … et est-ce que vous avez déjà une idée de ce que ça pourrait donner par rapport à Pop Collection ?

En fait, ce qui est intéressant dans cet album, c’est que la cohérence tient à la non-cohérence. Les morceaux sont très différents, ils n’ont jamais été pensés pour s’emboîter parfaitement. Pour le prochain album, bien sûr pour le moment on est en pleine  promotion, en pleine tournée pour celui-ci donc on est pas encore rentrés en studio, et on a rien prémédité. Donc on pense partir davantage sur quelque chose d’expérimental, c’est à dire rentrer en studio, créer ensemble, voir en live comment ça se passe, et garder un peu cette même dynamique vu qu’on compose à deux. Il restera quand même des bribes du premier album dans le second.

 Parce que dans cet album, on sent un vrai style. Il y a d’abord les cuivres qui reviennent assez souvent, et puis les percussions… On a l’impression qu’il y a ce travail de relai entre les mélodies et les percussions…

Le Président est complètement fan des cuivres, il y a eu un premier album sous le nom «The nations from Kadebostany», c’était plutôt des instrumentaux. Il a un amour des cuivres qui fait que c’est une espèce de fil conducteur sur cet album, et tout est un peu pensé autour de ça.

 Kadebostany, ça vient d’où cette idée ? 

C’est l’idée de créer un pays parce qu’on ne se sent parfois pas assez libre ici, du coup c’est un pays que le Président a inventé, avec ses règles, avec sa culture, donc là on a un aspect avec la musique, mais l’idée c’est que ça pourrait très bien déboucher sur du théâtre… c’est un endroit complètement ouvert pour les artistes. D’ailleurs, il y a un collectif qui travaille avec nous : ceux qui s’occupent de tout ce qui est visuel, photos, clips.. ils s’appellent SuperMafia. Ils ont leur importance. C’était super important d’avoir une liberté totale, que ce soit au niveau du personnage, de la musique et de tout ce qui va autour.

C’est une parenthèse un peu… une ouverture sur autre chose.

 C’est plus une troupe en fait ? L’idée d’un groupement…

Et d’un mouvement qui peut tout le temps s’élargir. C’est ça qui est chouette aussi.

 Qu’est-ce qu’il faut faire pour faire partie…

… de Kadebostany ? (rires) Déjà, il faut liker la page facebook. On va bientôt annoncer ça mais on va faire une campagne de naturalisation, et on va envoyer des passeports. Parce que si vous avez le passeport Kadebostanien, y’a pas de visa, vous êtes bienvenu partout. Et à partir de là… déjà venir aux concerts, ça permet de faire un peu partie de cette communauté, et puis on va développer des choses… on sait pas jusqu’où ça peut aller, mais ça peut être intéressant d’exploiter ça.

 C’est un peu ludique tout ça en somme !

Exactement, parce que ça donne envie de venir aussi en Kadebostany.

 C’est pas un projet un peu politique aussi ?

A la fois politique et apolotique, car on ne se situe ni à gauche ni à droite : on ne parle pas de politique. On crée un univers qui semble très fort, mais on ne parle pas de politique.

 Un paradoxe intéressant. Avez-vous prévu des collaborations avec d’autres artistes ? 

Pour l’instant non. Au niveau musical, on a déjà tellement d’idées pour la suite, ensemble que pour l’instant on a pas envisagé ça. On est pas fermé à des collaborations avec d’autres gens en tout cas.

 Comment vous vous définiriez musicalement ?

On a choisi le terme Pop, ce qui nous semblait définir le mieux notre musique car il y a quelque chose dans cette idée de populaire, d’universel. C’est pourtant plus ou moins connoté négativement la pop, mais la pop ça reste aussi les Beatles, c’est une musique qui est comprise de la Chine en passant par Caracas. Donc cette idée d’universalité, c’est comme ça qu’on arrivait le mieux à définir notre musique, parce qu’on a tellement d’influences… le Président a aussi été DJ, donc il a un bagage électronique, et il y a tellement de choses qui nous inspirent… moi ça peut partir d’un tableau, où tout d’un coup on a envie d’écrire quelque chose. Ca c’est intéressant.

 Et justement, qu’est-ce qui vous inspire à part le domaine musical, par exemple en littérature, au cinéma ?

Le Président est un grand cinéphile, et il est extrêmement curieux. En musique il écoute de tout. Il regarde énormément de films. C’est vraiment quelqu’un que tout inspire. Moi je m’occupe davantage des paroles. Ca peut être un moment, une émotion, un paysage, quelqu’un qui dit quelque chose dans la rue… Ce qui est intéressant c’est d’accepter d’être inspiré par tout. Sinon du coup on crée des barrières et on ne laisse plus l’inspiration venir. Je vais peut-être écrire une chanson juste après cette interview… (rires).

 Ce serait flatteur ! En écoutant l’album je me disais que ça pourrait être une BO. La BO par exemple d’un film de Tarantino… 

Ca serait pas mal ! Effectivement il y a quelque chose d’assez cinématographique, et puis ça se rejoint avec cette idée que le clip illustre la musique, et c’est aussi pensé comme ça. Et puis il y a les cuivres, cette masse

qui fait assez cinéma, mais ça fera plaisir au Président, je lui dirai.

 La tournée ?

On va tourner principalement en France et en Allemagne jusqu’à la fin de l’année, et ensuite le reste de l’Europe et même plus loin…

 Propos recueillis par Stéphanie Joly

Après l’interview, j’ai eu droit à quelques Kad, la monnaie de Kadebostany qui ne connaît heureusement pas l’inflation.

J’ai suggéré qu’ils éditent un Monopoly Kadebostanien, mais le groupe a un rêve encore plus fort…. avoir une place à l’O.N.U.  A suivre !

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.