Une vie de petits-fours, de Sébastien Marnier

Plein feu est une nouvelle collection lancée le mois dernier par JC Lattès. D’emblée, l’éditeur annonce la couleur : « Plein feu est une collection engagée, tant sur le plan politique que littéraire. Elle offre aux écrivains une tribune des pensées, un espace de liberté, tout en mettant en lumière un genre qui peine à trouver sa place en France : la nouvelle. ».

Il n’en fallait pas plus pour attirer notre attention sur ce petit livre qui de surcroît est écrit par Sébastien Marnier dont on vous parlait aussi le mois dernier pour sa bande dessinée «Salaire net et monde de brutes», co-écrite avec Elise Griffon, et publiée chez Delcourt.

Dans Une Vie de petits-fours, le narrateur campe un politicien sans appartenance politique sur le point de connaître les résultats de l’élection municipale de sa ville. Il espère remporter la mairie, mais ne peut s’empêcher d’en douter. En face, un homme de droite bien campé sur sa bedaine, maire depuis plusieurs années, ne doutant de rien. Dans la salle l’attendent les pique-assiettes prêts à retourner leur veste, sirotant champagne et goinfrant petits-fours.

Ce livre, ce n’est que cela : cette attente insupportable que Sébastien Marnier parvient à rendre interminable en quelques pages seulement, montrant par là-même qu’il maîtrise parfaitement l’art de la nouvelle. Mais c’est aussi l’histoire d’un homme qui se lamente intérieurement de ce qu’est devenue la politique aujourd’hui, une somme de gens qui ne pensent qu’au pouvoir… se rend-il seulement compte de celui qu’il exerce sur les citoyens qu’il a rencontrés jusque là, à leur insu ?
Car on découvre que le vice de la supercherie peut atteindre même les plus honnêtes. Quel que soit l’homme, quel que soit son esprit et sa bonne volonté, il est condamné à porter un terrible secret pour atteindre les sommets.

Donner une telle densité à son personnage en seulement 70 pages, quelques pas, et un instant de vie tient probablement du miracle. A la lecture de ce petit bijou, on imaginait déjà Daniel Auteuil tenir le rôle du concurrent, Raphaël Personnaz dans le rôle du narrateur, Théophane Tolbiac.

Plus qu’un miracle, c’est un excellent point de départ pour cette nouvelle collection dont on attend la suite avec impatience.

Une vie de Petits-Fours, JC Lattès, Collection Plein Feu, Octobre 2013, 70 pages, 4 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.