Un divertissement, de Jean-Louis Bailly

Par Divertissement, on entend bien souvent l’amusement, le loisir. C’est sans doute en partie grâce à Pascal qui a donné un sens moral à ce terme, en en faisant une «façon de se détourner de quelque chose qui nous afflige», alors qu’il signifiait au départ «action de détourner de», du latin «divertere», et se rapprochait donc un peu de voler.

 Jean-Louis Bailly parle bien ici de ce divertissement pascalien : son personnage, Pierre Helmont, est professeur de lettres et va comme chaque année ou presque «faire passer le bac» à un lot d’élèves, début juillet. Cette année, il le fait au grand étonnement de ses collègues, qui savent qu’il vient de perdre sa fille. Nous suivons donc ce professeur privé de joie, meurtri, dans ce qui est censé détourner son chagrin de sa source. L’histoire pourrait simplement se résumer ainsi, cependant Jean-Louis Bailly a pour habitude d’explorer bien des aspects d’une situation, de la fouiller pour en exposer tous les ressorts.

 Parlons d’abord de la langue, comme toujours très soignée, qui se fait ici mystérieuse, de mèche avec une narration qui prend son temps pour d’abord suggérer, puis dévoiler peu à peu ce qui tenaille le personnage, en soignant particulièrement les émotions.

Il faut s’attarder ensuite sur ce qui fait ce divertissement : un métier qui donne de plus en plus de mal, de déceptions, qui perd de son éclat, qui est bien souvent une source de détresse et de désoeuvrement absolus. C’est dans ce métier-là que la mort, la perte et la tristesse deviennent un temps moins douloureux. Il faut enfin s’attendrir sur ce père avant tout, qui se demande s’il a bien été père, s’il a assez écouté, et quand bien même ce qu’il aurait pu faire, comprendre, savoir ou dire. Comment, en somme, il aurait pu protéger son enfant contre elle-même. Comment, d’une manière tragique, il aurait pu ne pas jouer un rôle dans cette perte invraisemblable.

 C’est une tragédie donc, où les victimes du chaos en sont également les acteurs/auteurs, qui se déroule en douze jours, ni plus ni moins que le temps nécessaire à l’aiguille pour revenir à sa position initiale et que le charme soit rompu et le divertissement usé : le bac est terminé, les élèves rentrent chez eux, et l’on apprend la terrible vérité dans un aveu insoutenable.

 Un roman plein de délicatesse, intelligent et dépourvu de sensiblerie, qui parvient à émouvoir et captiver le lecteur.

 Un divertissement, Jean-Louis Bailly, Editions Louise Bottu, Juillet 2013, 196 pages, 16 €

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.