Bates Motel

Tandis que certains auteurs du domaine de l’épouvante s’affairent à imaginer la vie d’un de leurs personnages 30 ans après sa première aventure, des cinéastes de talent préfèrent imaginer la genèse d’un personnage mythique de la scène hitchcockienne. On pourrait aussi se référer à la vaine tentative de «suite» entreprise par Richard Rothstein en 1987… mais on ne le fera pas.

 Les producteurs de Lost et Friday Night Lights nous entraînent donc, avec la complicité du réalisateur Anthony Cipriano qui est aux commandes, sur les traces de Norman Bates : ou plutôt, nous racontent ce qu’aurait pu être sa vie avant l’épisode de Psychose.

 Tout fraîchement débarqués à White Pine Bay, dans l’Oregon, après la mort non moins mystérieuse du chef de famille le père de Norman, la mère et le fils s’installent dans un hôtel délabré qu’ils envisagent de restaurer puis de tenir ensemble. C’est bien sûr sans compter sur les conséquences des événements qui s’y sont déroulé auparavant, et dont va découler une catastrophe en chaîne insoupçonnée…

 Pour le novice, ignorant de l’histoire originale comme du synopsis, il sera d’autant plus intéressant de se plonger dans ce drame en dix épisodes que les personnages sont d’une remarquable finesse, d’un mystère savamment pesé. Qui de la mère – dont on reconnaît volontiers l’emprise maternelle – prénommée Norma, ou du fils d’apparence fragile prénommé Norman est le plus fou ? Sont-ils affublés d’une malchance si extraordinaire qu’ils seront entraînés malgré eux dans les ennuis les plus funestes ?

 Le vrai Norman Bates d’Hitchcock est devenu légendaire. C’est une référence dans le monde du cinéma, et il est d’abord tout à fait audacieux de reprendre ce mythe pour en inventer les origines sans se planter. Il fallait d’abord du culot, mais aussi une bonne dose de respect des codes et en tout premier lieu savoir recréer l’ambiance que l’on connaissait, en imaginer la source. Cela commence bien évidemment avec les décors, qui sont recréés ici à la perfection : attention, pas de grosse cavalerie du type gros plan sur la douche pour faire dans l’évocation peu subtile.

Il fallait aussi une créativité sans bornes pour parer cette genèse de rebondissements assez riches et cohérents pour en faire une série.

Celle-ci a connu un tel succès que la saison 2 est en tournage, et que la France voit dès ce 4 février 2014 arriver ses versions DVD et Blu-Ray chez Universal.

Cette série est en quelques mots l’occasion rêvée de prolonger l’expérience d’un film incomparable. C’est aussi un bel hommage qui prend son temps, et du plaisir à tisser le caractère d’un garçon qui deviendra plus tard un tueur en série sanguinaire.

 Ou comment mesurer, et redessiner l’une des folies les plus complexes du cinéma d’épouvante. On aurait juste aimé connaître l’avis du Maître sur cette oeuvre dont on attend la seconde saison avec impatience.

 Bates Motel, Saison 1, en DVD et Blu-Ray chez Universal Pictures à partir du 4 février 2014.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.