Eloge du chat, Stéphanie Hochet

On pourrait croire qu’il est facile d’écrire un ouvrage sur les chats. Comment ne pas aimer cet être gracile (à défaut d’être toujours gracieux) et mystérieux, ce mini félin apprivoisable, cet être à part, intelligent, qui menace parfois de se transformer en une véritable bête féroce ?

 C’est justement parce qu’il s’agit d’un être complexe et difficile à cerner que la tâche d’un éloge à son propos reste périlleuse. Stéphanie Hochet s’est essayé à cet exercice en quelques qualificatifs qui conviennent parfaitement à l’oiseau rare que nous venons de décrire : libertaire, autocrate, replet, cet être qui a tant de points communs avec les femmes serait un Dieu. Tout est dit.

 Libertaire, oui, le chat l’est sans aucun doute. Vous n’avez pas un chat, vous êtes chez lui et vous ne devez en aucun cas compter sur sa personne pour vous suivre partout avec une admiration et une dévotion sans bornes. Le chat n’est pas un être soumis. Il soumet. Certains pensent même qu’il se sert de nous comme d’un faire-valoir, d’un radiateur, ou d’un pourvoyeur de gamelle pleine. Adepte des portes ouvertes, le chat est un être dont la liberté n’a d’égale que son statut aristocratique. Ca, ce n’est pas Walt Disney qui l’a inventé : cela est gravé dans le marbre depuis des dizaines de siècles nous dit-on.

 Dans un passé plus proche de nous, cet étrange animal très agile s’était rendu utile pour chasser les petits nuisibles. Il a su s’incruster dans la vie quotidienne des gens, petit à petit. Par ailleurs, certains pensent au contraire qu’il est à son tour devenu un nuisible peuplant les caniveaux et retournant les jardins pour s’amuser. Là-dessus, Stéphanie Hochet ne s’arrête pas. Il s’agit d’un éloge voyons !

 C’est un parti-pris que l’auteur a soigné tout le long de son ouvrage, faisant passer le chat par plusieurs postures qui lui siéent toutes : de danseur gracile à divin bouddha bien gras, le chat est avant tout une bête sensuelle et sensible, où s’incarnerait la quintessence de la vie en même temps que la jouissance la plus pure.

 L’éloge de Stéphanie Hochet, très documenté, présente l’animal avec une distance intellectuelle teintée d’une affection toute singulière. On pourrait croire que l’auteur a été envoûtée par un Maître Chat pour servir l’espèce féline. Comme Colette, Baudelaire et Sosêki, qu’elle cite dans son livre, elle est tombée sous les griffes du chat.

 Mais je vous laisse, je dois aller servir le mien….

 Eloge du Chat, de Stéphanie Hochet, Editions Léo Scheer, Collection ANIMA, Avril 2014, 108 pages, 15 euros.

Article initialement paru dans PILC Mag Hors Série n°1, magazine gratuit en ligne

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.