Fleurs d’équinoxe, de Yasujiro Ozu

Ceux qui m’aiment prendront le train

Dans le Japon d’après-guerre,  les difficiles relations entre Wataru et sa fille Setsuko, qui refuse le mariage qui lui est destiné pour épouser un homme plus humble.

 Deux employés de gare scrutent les passants en attendant la prochaine arrivée. Ils s’attardent à cette occasion aux différents mariés qui défilent. Quelques instants plus tard, Ozu nous plonge au cœur d’une cérémonie de mariage fastueuse. A l’alliance d’amour supposée des jeunes époux s’oppose subtilement le discours raisonnable d’un ami de la famille emprunt des valeurs traditionnelles du pays.  Lentement mais sûrement Ozu met les pièces de son échiquier en place et accouche d’une intelligente étude de mœurs aux allures gentiment vaudevillesques.

 Pour son premier film en couleurs, le maître nippon continue d’étudier en profondeur les us et coutumes locales, dressant un portrait à la fois juste et cinglant de ses compatriotes. S’intéressant au Japon d’après-guerre,  il met en exergue la difficile transition vers un nouveau mode de vie et des traditions séculaires peu à peu écartées. La force de son récit réside dans l’imprégnation d’un semblant de comique de situation sur un sujet si ce n’est brûlant mais du moins épineux pour l’époque. Le personnage de Wataru incarne à merveille cette ambiguité de ton ; s’il compte bien décider de l’avenir de sa fille, il n’hésite pas à prôner des idées contraires à deux autres jeunes femmes dans une situation similaire.

 La grâce de la mise en scène D’Ozu, relève aussi bien du théâtre tant les espaces sont clos que de la dramaturgie filmique propre à ses comparses d’Extrême Orient Elle tient ici du miracle permanent, soulignant la candeur des sentiments juvéniles exprimés par des acteurs au naturel confondant.

Œuvre à la morale aussi drôle que subversive à sa sortie, Fleur d’équinoxe, s’il n’est point le plus grand film de son auteur, fait rire plus qu’il n’émeut et donne une autre facette de son talent.

 Film japonais de Yasujiro Ozu avec Teiji Takahashi, Fujiko Yamamoto. Durée 1h55. Sortie le 15 février 1969. Reprise 22 janvier 2014.

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre