Top of the Lake, de Jane Campion

Décidément, Jane Campion ne fait jamais rien comme tout le monde. Cette réalisatrice néo-zélandaise remarquable que l’on connaît le plus souvent pour l’exceptionnel La leçon de piano, est aux commandes de Top of the Lake avec Gérard Lee (Les cendres d’Angela). Cette série est d’un format totalement atypique : elle n’est constituée que de six épisodes, mais ils durent 60 minutes chacun. L’héroïne, Elisabeth Moss, qui a reçu le titre de meilleure actrice dans une mini-série à l’occasion des Golden Globes 2014, n’est pas totalement inconnue puisqu’on l’avait vue dans Sur la route de Walter Salles. D’autres acteurs sont plus marquants dans cette série : on reconnaît Holly Hunter, déjà présente dans La leçon de Piano, le prestigieux Peter Mullan, et David Wenham présent dans la Trilogie de l’anneau de Peter Jackson, pour ne citer qu’eux.

 Nous sommes bien sûr en Nouvelle-Zélande, et Tui est une jeune fille de 12 ans enceinte de 5 mois déjà. Lorsqu’elle le découvre, la détective Robin Griffin tente de découvrir l’identité du père en questionnant l’enfant. Dans un même temps, le père de Tui, riche propriétaire terrien assez influent et puissant sur son territoire apprend que son voisin a vendu la terre sur laquelle sa propre mère est enterrée. L’acheteur est une femme qui a décidé de transformer Paradise – c’est ainsi que cette terre est nommée – en camp de refuge pour les femmes qui ont souffert et souffrent encore de leur rapport avec les hommes de ce monde. Avant d’en apprendre davantage sur les conditions qui ont amené Tui à tomber enceinte, celle-ci disparaît… toutes les suppositions sont possibles, et le territoire qui entoure le lac de la région offre encore mille hypothèses sur les circonstances de cette disparition…

L’ambiance de Top of the Lake fait penser à Tideland de Terry Gilliam, probablement à cause de cette enfant qui est livrée à elle-même au milieu d’un paysage immense (et magnifique) mais dangereux et peuplé d’adultes qui semblent plus fous les uns que les autres. On ne sait pas bien, au début, où veut nous mener Jane Campion : trop d’hypothèses, beaucoup de sous-entendus et de coïncidences et surtout une série qui repose sur une méfiance qui se généralise de plus en plus. En tant que spectateur, on finit par se méfier de tous, même de l’actrice principale. On s’attend strictement à tout : à un happy end comme à une apocalypse absolue. Mais rien ne permet d’élaborer en pensée ce qui se trame réellement à la surface de ce lac qui nous mène bel et bien en bateau.

D’abord, il est évident que Jane Campion fait passer tous les hommes (ou presque) pour des salauds, et on ne sait si sa volonté est d’atteindre ici les mâles qui dépassent le cadre de la série, tellement l’image est forte. Ensuite, comme le prédit l’étrange personnage incarné par Holly Hunter, qui distribue des prophéties improbables, indéchiffrables, la réalisatrice amène son personnage au fond de ce lac gelé et peuplé de cadavres, où elle devra donner un coup de pied pour remonter à la surface.

Le dernier point fort de cette série réside en sa surprise finale, énorme, qui confère au tabou absolu et montre que la réalisatrice n’a peur de rien. Elle n’épargne rien ni personne et finit par nous faire douter de ce qu’on a entendu et vu, et même douter de la nécessité de ces personnages disparus : finalement, elle nous laisse en plan sans l’espoir d’une deuxième saison, avec le sentiment d’un immense gâchis pour ces personnages qu’elle n’a jamais épargnés, et qu’elle pousse jusqu’au sang. C’était à ce prix, et à ce prix seulement qu’elle pouvait réussir cette série d’une beauté et d’une cruauté sans pareille. Une réussite absolue.

 

Top of the lake, Janes Campion, Gérard Lee, Arte éditions, en DVD et Blu-Ray.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.